{"id":11727,"date":"2026-06-01T15:04:10","date_gmt":"2026-06-02T01:04:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.service-public.pf\/dcp\/?p=11727"},"modified":"2026-06-01T15:04:10","modified_gmt":"2026-06-02T01:04:10","slug":"la-pointe-tataa-le-point-denvol-des-ames-hiroa-n-220-avril-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.service-public.pf\/dcp\/2026\/06\/01\/la-pointe-tataa-le-point-denvol-des-ames-hiroa-n-220-avril-2026\/","title":{"rendered":"La pointe T\u0101ta’a : le point d’envol des \u00e2mes (Hiro’a n\u00b0 220 – Avril 2026)"},"content":{"rendered":"

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La pointe T\u0101ta’a : le point d’envol des \u00e2mes (Hiro’a n\u00b0 220 – Avril 2026)<\/strong><\/p>\n<\/div><\/h2><\/div>

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LE SAVIEZ-VOUS ? \u2014 DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE (DCP) \u2013 TE PAPA HIRO\u0384A \u0384E FAUFA\u0384A TUMU<\/b><\/p>\n

La pointe T\u0101ta’a : le point d’envol des \u00e2mes<\/strong><\/p>\n

Texte de Hinatea Urarii Pambrun, ethnologue au sein de la cellule patrimoine culturel de la Direction de la Culture et du Patrimoine \u2013 Photo : DCP<\/em><\/p>\n

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\u00c0 la jonction des communes de Fa\u02bba\u02bb\u0101 et de Puna\u02bbauia, dans le prolongement naturel de la colline de F\u0101n\u0101tea, se dresse le promontoire aujourd’hui connu sous le nom de pointe T\u0101ta’a, ou T\u0101ta’a i F\u0101n\u0101tea. Ce site, \u00e0 la fois naturel et culturel, est consid\u00e9r\u00e9 comme le rerera’a v\u0101rua \u2014 le point d’envol des \u00e2mes \u2014 le plus embl\u00e9matique de Tahiti. Site sacr\u00e9 (v\u0101hi mo\u02bba \/ v\u0101hi tapu), il constitue un haut lieu de la tradition orale polyn\u00e9sienne.<\/strong><\/p>\n

Afin de saisir au mieux la port\u00e9e symbolique de ce lieu, il convient dans un premier temps d’analyser le sens des termes qui le d\u00e9signent.<\/p>\n

L’\u00e9tymologie des termes \u00ab t\u0101ta’a<\/em> \u00bb et \u00ab rerera’a v\u0101rua<\/em> \u00bb \u00e9claire la signification profonde de ce lieu et le lien symbolique qui les unit dans la pens\u00e9e polyn\u00e9sienne. Le mot \u00ab t\u0101ta’a<\/em> \u00bb se d\u00e9compose en deux \u00e9l\u00e9ments : \u00ab t\u0101<\/em> \u00bb, pr\u00e9fixe causatif, et \u00ab ta’a<\/em> \u00bb, qui \u00e9voque la s\u00e9paration, la dissociation, le d\u00e9tachement. Ainsi, \u00ab t\u0101ta’a<\/em> \u00bb renverrait \u00e0 l’action de provoquer une rupture ou \u00e0 un espace de bascule entre deux \u00e9tats. Dans cette logique, \u00ab rerera’a v\u0101rua<\/em> \u00bb nous \u00e9claire sur la nature de cette s\u00e9paration. \u00ab Rerera’a<\/em> \u00bb signifie envol, saut ou mouvement dans les airs, et \u00ab v\u0101rua<\/em> \u00bb d\u00e9signe l’esprit ou l’\u00e2me. Ensemble, ces mots expriment l’id\u00e9e d’un d\u00e9part, d’un voyage spirituel vers une autre r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 la lumi\u00e8re de cette analyse, on comprend que la pointe T\u0101ta’a symbolise cet espace sacr\u00e9 o\u00f9 l’\u00e2me (v\u0101rua<\/em>) se d\u00e9tache du corps (tino<\/em>) pour entamer son voyage vers te p\u014d<\/em>, le monde invisible des anc\u00eatres et des origines. Ce lieu marque le seuil entre le monde mat\u00e9riel, te ao<\/em>, et le monde immat\u00e9riel, te p\u014d<\/em>. Il incarne un point de passage fondamental dans la cosmologie polyn\u00e9sienne, o\u00f9 la mort n’est pas une fin, mais une transition vers une autre forme d’existence.<\/p>\n

Un voyage vers l’au-del\u00e0<\/strong><\/p>\n

Selon les traditions, le point d’envol des \u00e2mes est toujours situ\u00e9 \u00e0 l’extr\u00e9mit\u00e9 ouest ou nord-ouest de chaque \u00eele, l’ouest renvoyant aux terres d’origine. Ces espaces, g\u00e9n\u00e9ralement mat\u00e9rialis\u00e9s par des pointes, \u00e9taient hautement tapu<\/em> et symbolisaient la scission entre le monde des vivants, te ao<\/em>, et celui des anc\u00eatres, des esprits et des dieux, te p\u014d<\/em>. Pour les \u00e2mes, le passage par T\u0101ta’a constituait une \u00e9tape incontournable de ce voyage vers l’au-del\u00e0. On raconte qu’au terme de ce p\u00e9riple, certaines \u00e2mes atteignaient R\u014dhotu no\u02bbano\u02bba, un paradis souterrain, doux et parfum\u00e9, pr\u00e9sid\u00e9 par le dieu Ro\u02bbo-ma-T\u0101ne. Ce lieu de repos, bien que paisible, conservait la m\u00eame hi\u00e9rarchie sociale que celle du monde des vivants.<\/p>\n

Avant de pouvoir s’\u00e9lever vers le monde invisible, l’\u00e2me devait accomplir un ensemble de rituels et franchir plusieurs \u00e9tapes essentielles.<\/p>\n

Selon la conception polyn\u00e9sienne de la mort, l’\u00e2me reste pr\u00e9sente dans le corps du d\u00e9funt pendant trois jours avant de s’en d\u00e9tacher. Ce d\u00e9part peut s’effectuer par diff\u00e9rents points du corps : par le sommet du cr\u00e2ne, par la bouche (\u00e9voquant alors la transmission des savoirs), ou par le pied gauche. Une fois lib\u00e9r\u00e9e de son enveloppe charnelle, l’\u00e2me, guid\u00e9e par les esprits de ses anc\u00eatres et accompagn\u00e9e du dieu des lamentations fun\u00e9raires, Heva, entame un voyage initiatique \u00e0 travers son mata’eina’a<\/em> (territoire, clan). Ce parcours, jalonn\u00e9 d’\u00e9tapes sacr\u00e9es, la m\u00e8ne progressivement vers le promontoire de T\u0101ta’a. Avant d’atteindre ce point d’envol, l’\u00e2me, sous la protection du dieu T\u016b, devait d’abord se purifier en plongeant dans une eau tr\u00e8s froide. Cette purification avait lieu dans des sources d’eau douce identifi\u00e9es par les traditions orales :<\/p>\n

Punau (ou Puna\u02bbau), Vai-tupa-rere (ou Vai-tupa), et Vaira’i. Ces sources, situ\u00e9es de part et d’autre de la cr\u00eate qui s\u00e9pare aujourd’hui Puna\u02bbauia de Fa\u02bba\u02bb\u0101, jouaient un r\u00f4le essentiel dans le passage vers l’au-del\u00e0. Une fois cette \u00e9tape franchie, l’\u00e2me se pr\u00e9sentait devant deux pierres symboliques : te \u02bb\u014dfa’i ora<\/em> (la pierre de vie) qui lui permettait de poursuivre son chemin, et te \u02bb\u014dfa’i pohe<\/em> (la pierre de mort) qui scellait d\u00e9finitivement la s\u00e9paration entre l’\u00e2me et le corps. Toutefois, certaines traditions orales, notamment rapport\u00e9es par Teuira Henry, racontent que si l’\u00e2me se posait sur te \u02bb\u014dfa’i ora<\/em>, elle pouvait r\u00e9int\u00e9grer son corps. Cette \u00e9ventualit\u00e9 donnerait alors tout son sens au terme \u00ab ora<\/em> \u00bb, qui signifie \u00ab vie \u00bb, et soulignerait la diff\u00e9rence fonctionnelle et symbolique entre les deux pierres. Quoi qu’il en soit, pour l’\u00e2me en partance, le chemin se poursuivait depuis T\u0101ta’a vers le mont R\u014dtu’i, \u00e0 Mo\u02bborea. De l\u00e0, elle poursuivait sa route vers l’\u00eele de Ra’i\u0101tea pour atteindre le mont Temehani. C’est au sommet de cette montagne sacr\u00e9e que le sentier se divisait en deux branches : \u00e0 droite, le chemin de Pu-o-ro\u02bbo-i-te-ao, menant au paradis polyn\u00e9sien R\u014dhotu no\u02bbano\u02bba ; \u00e0 gauche, le sentier de Pu-o-ro\u02bbo-i-te-p\u014d, menant vers les profondeurs du crat\u00e8re.<\/p>\n

Deux pierres symbolisent le passage entre la vie et la mort<\/strong><\/p>\n

Le site sacr\u00e9 de T\u0101ta’a se compose de plusieurs \u00e9l\u00e9ments majeurs \u00e0 la fois naturels et symboliques, qui t\u00e9moignent de son importance dans la tradition polyn\u00e9sienne.<\/p>\n

Tout d’abord, on y trouve trois sources sacr\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es plus haut. La premi\u00e8re, Puna\u02bbau, \u00e9galement connue sous le nom de Vai-aitu, est associ\u00e9e aux rituels fun\u00e9raires et \u00e0 la purification. Elle aurait accueilli les \u00e2mes arrivant par le sud. La seconde, Vai-tupa-rere (ou Vai-tupa), \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux d\u00e9funts adultes dont l’\u00e2me provenait du nord. Enfin, la source Vaira’i, aujourd’hui disparue en surface, aurait \u00e9galement accueilli les \u00e2mes venues du nord. Autre \u00e9l\u00e9ment fondamental du site : la falaise Te Hi\u02bbu. Cette portion de la montagne T\u0101ta’a plonge directement dans la mer et mat\u00e9rialise pr\u00e9cis\u00e9ment le point d’envol des \u00e2mes. C’est au pied de cette falaise, sur le platier corallien immerg\u00e9, que l’on trouve l’empreinte de pied de Pa\u012b-\u0101-Ra\u02bbi, h\u00e9ros mythique qui transper\u00e7a la montagne Mou\u02bba-tapu de Mo\u02bborea. Depuis cet \u00e9v\u00e9nement, la montagne porte le nom de Mou\u02bba-puta. Deux pierres symboliques viennent compl\u00e9ter ce paysage sacr\u00e9 : le \u02bb\u014dfa’i ora<\/em> situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Fa\u02bba\u02bb\u0101, et le \u02bb\u014dfa’i pohe<\/em> du c\u00f4t\u00e9 de Puna\u02bbauia. Identifi\u00e9es en 2019 par l’arch\u00e9ologue Mark Eddowes \u00e0 partir de t\u00e9moignages oraux, ces pierres marquent symboliquement le passage entre la vie et la mort. Enfin, \u00e0 l’ouest du site, se trouve Te ava iti n\u014d Veo, une br\u00e8che dans le r\u00e9cif situ\u00e9e entre la pointe T\u0101ta’a et l’\u00eele de Mo\u02bborea. Son nom, \u00e9voquant la teinte jaune cuivr\u00e9e du feo<\/em> (corail abrasif), fait r\u00e9f\u00e9rence non seulement \u00e0 d’anciens rituels de purification des \u00e2mes, mais \u00e9galement \u00e0 l’univers des arioi<\/em>, cette c\u00e9l\u00e8bre confr\u00e9rie d’artistes, danseurs et baladins de la tradition polyn\u00e9sienne.<\/p>\n

Fait notable, le site ne pr\u00e9sente aucune structure arch\u00e9ologique visible, ce qui laisse penser que les anciens souhaitaient en souligner le caract\u00e8re intangible et sacralis\u00e9. La tradition orale mentionne toutefois des autels d’offrande temporaires, aujourd’hui disparus.<\/p>\n

Prot\u00e9ger le site<\/strong><\/p>\n

Au regard de la richesse symbolique et culturelle de ce site, sa protection appara\u00eet comme une n\u00e9cessit\u00e9. En effet, le classement de la pointe T\u0101ta’a au titre des monuments historiques permettrait de reconna\u00eetre officiellement son importance patrimoniale, spirituelle et culturelle. Ce site, inscrit depuis 2006 \u00e0 l’inventaire provisoire, a fait l’objet de plusieurs d\u00e9marches de protection : mise en place d’un p\u00e9rim\u00e8tre de protection patrimoniale (2014), avis d\u00e9favorable du Service de la culture et du patrimoine (SCP) face \u00e0 un projet de construction qui mena\u00e7ait l’int\u00e9grit\u00e9 du site (2017), et mobilisations citoyennes, telles que celle men\u00e9e par l’association culturelle Rohotu No\u02bbano\u02bba. Une demande de classement au patrimoine immat\u00e9riel de l’Unesco a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e. Un tel classement impliquerait un cadre strict : toute intervention sur le site (construction, abattage, etc.) requerrait l’avis ou l’autorisation de l’autorit\u00e9 comp\u00e9tente, et le recours \u00e0 des professionnels agr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n

En somme, classer T\u0101ta’a permettrait de pr\u00e9server un lieu hautement symbolique de la culture polyn\u00e9sienne, de valoriser la m\u00e9moire collective et les traditions orales, tout en encadrant strictement son usage pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n

\u02bb\u014cfa’i ora (pierre de vie). Clich\u00e9 de Dany Carlson, 2007, \u00a9SCP
\n<\/em>T\u0101hei i T\u0101ta’a, Dany Carlson, 2008, \u00a9 Collection particuli\u00e8re
\n<\/em>Empreinte de Pa\u012b, Dany Carlson, 2008, \u00a9Collection particuli\u00e8re<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>

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La pointe T\u0101ta’a : le point d’envol des \u00e2mes (Hiro’a n\u00b0 220 – Avril 2026<\/a><\/h4>\n<\/div>
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