Iaera Tamarino, le tressage comme chemin de vie.
Lors de la récente édition du Salon des Arts de la maison, une œuvre a particulièrement captivé le jury et le public, au point de rafler les deux plus hautes distinctions : le Premier prix en vannerie et le Grand prix des créateurs. Derrière cette prouesse se trouve Iaera Tamarino, une artisane originaire de Rimatara, aux îles Australes, dont le parcours et la vision renouvellent en profondeur l’art de la vannerie polynésienne.
Pour comprendre l’œuvre primée de Iaera, il faut remonter à ses racines, à Rimatara. Née en 1964, elle appartient à une famille nombreuse de treize enfants. Son initiation au tressage ne relève pas du loisir, mais d’une nécessité vitale. Après le décès de son père, sa mère s’installe à Tahiti avec huit enfants à charge. Sans revenu ni terre, la confection de paniers « marché » devient alors le seul moyen de subsistance de la famille.
Dès l’âge de 10 ans, Iaera apprend auprès de sa mère. Ce qui était alors vécu comme une obligation quotidienne – tresser les anses et décorer les paniers au retour de l’école – devient une transmission précieuse. Après une carrière dans le secteur social à Tahiti, elle retourne sur son île natale et choisit de faire du tressage son chemin de vie.
Une signature entre tradition et innovation
La force de Iaera Tamarino, sous sa marque Jaia Création, réside dans sa capacité à transformer le pandanus brut en sac ou objets de décoration raffinés. Elle avoue ne pas connaître toute l’étendue des techniques de tressage des Australes, mais utilise au moins une dizaine de points, de la base du panier à la décoration la plus complexe. Sa quête de modernité est nourrie par une curiosité sans faille. Pour répondre à l’évolution de la clientèle, elle s’inspire de modèles vus sur Internet pour créer des sacs « chics », tout en préservant l’authenticité de la matière première. Cette exigence se retrouve jusque dans les couleurs qu’elle utilise, exclusivement naturelles : des marrons obtenus à partir d’écorces de falcata ou de sapin, et des kakis issus de mélanges de feuilles de papayer et de fougères.
Une vision pour l’avenir de l’artisanat
Iaera défend un artisanat authentique face à la menace du « copié-collé » et de la fabrication industrielle. Pour elle, la meilleure protection de son art reste l’innovation constante comme elle nous le confie : « On ne peut pas lutter contre la copie, mais on peut toujours avoir un temps d’avance et créer des nouveautés. C’est ce qui me motive. »
Au-delà de la création, Iaera est une fervente défenseuse de la transmission. Au sein de la fédération Vahine Vaero Rimatara, elle participe à la formation des jeunes de l’île et soutient les élèves du CJA (Centre de Jeunes Adolescents), veillant à ce que la relève soit assurée. Son prochain défi ? Porter la sculpture des Australes, qu’elle considère en voie de disparition, sur le devant de la scène lors d’une exposition prévue à l’Assemblée en juin 2026.
En poursuivant le travail de la vannerie, Iaera Tamarino rend hommage à sa mère et à toutes les femmes de Rimatara qui, par leurs mains expertes, continuent de tresser le lien entre passé et avenir de la Polynésie.
Jaia création 87 75 90 17 et FB



