La CCISM va créer une école de l’enseignement des arts numériques, nommée Poly3D. Elle pourra compter sur le soutien de l’entreprise Autodesk, leader mondial dans les logiciels du secteur. Entretien avec Stephen Oliver, représentant de cet éditeur, qui est justement venu du Canada pour participer aux Rencontres du numérique.
Stephen Oliver, directeur commercial régional au Canada d’Autodesk depuis 6 ans, répond à nos questions. Elles représentent ses opinions et non celles de son entreprise :Vous êtes le leader mondial des logiciels de 3D, pourquoi vous intéressez-vous aujourd’hui à un tout petit marché comme la Polynésie ?
“Je crois qu’il ne faut pas être un gros marché comme le Canada ou les USA pour avoir des idées. Dans ma présentation j’ai voulu montrer qu’on peut avoir des idées simples, écrire des histoires très belles et les partager avec le monde. Et on va partager aux étudiants les outils professionnels qu’ils peuvent utiliser pour ça. Pour Autodesk, l’intérêt est d’avoir des créateurs qui utilisent nos outils.
Je ne peux pas dire que je connaisse la Polynésie, mais je suis excité d’en apprendre plus. Ma devise c’est “If I don’t learn something today, I fail.” Et la semaine prochaine, tous les jours je vais apprendre quelque chose de nouveau !”Pensez-vous qu’une petite économie insulaire puisse se spécialiser avec succès dans le développement et la 3D ?
“Oui, je crois qu’une petite île peut se spécialiser dans la 3D. Ce n’est pas parce que vous êtes une île isolée que vous ne pouvez pas faire partie de la communauté internationale. Il y a un livre, “The World is flat”, qui explique qu’avec les fibres optiques et les moyens de communication modernes, le monde entier peut travailler ensemble, et la Polynésie française peut en faire partie. Ce n’est pas forcément les grosses entreprises qui tirent le monde, ce sont les artistes et les créateurs, et c’est là que peut être la spécialisation de la Polynésie française.”

Quelles seraient les infrastructures essentielles pour réussir une telle spécialisation ?
“La première chose dont on a besoin, c’est l’éducation. Une bonne éducation conduira à des innovations et des collaborations qui vont permettre de former des communautés. Si je regarde Montréal, où je vis, Ubisoft avait un problème : l’entreprise ne pouvait pas trouver assez d’artistes à Montréal pour remplir leurs projets. Ils ont travaillé avec le gouvernement du Québec, qui a créé un programme nommé “Ubisoft 3D” pour former des artistes 3D. Ça a été un grand succès pour Ubisoft comme pour Montréal. Le plus important dans une industrie, c’est d’avoir des gens formés.”

Pour revenir à votre spécialité, par quoi faut-il commencer pour monter une économie du jeu vidéo en partant pratiquement de zéro ?
“L’éducation c’est la base, sans ça le reste est impossible. Ensuite il y a d’autres choses, comme des baisses d’impôts pour aider à créer de nouvelles entreprises et de nouvelles industries, ou créer des espaces partagés pour permettre aux créateurs de se rassembler et de travailler. Mais créer ça en premier, c’est mettre la charrue avant les bœufs.
C’est comme si on me demandait “combien il faut pour construire un jeu”. Mais il y a des jeux qui coûtent des millions de dollars, et d’autres qui sont presque gratuits, mais excellents. Pareil pour créer une industrie du jeu, il y a de nombreux logiciels à faible coût et même gratuits. Il faut vraiment juste donner aux jeunes l’éducation, puis les outils qui leur permettent de créer leurs premiers jeux.
Pour convaincre les décideurs, il faudra surtout avoir un succès local. Mais pour que ce succès émerge, il faut d’abord avoir des jeunes avec les outils et les compétences. Dans le jeu vidéo il n’y a pas que la X-Box ou la PlayStation. Regardez un jeu comme Flappy Bird, créé en une soirée dans une cave. En une semaine, il avait 2,5 millions d’utilisateurs, et ce n’est pas un exemple unique. Le marché pour les jeux maintenant c’est n’importe qui avec un smartphone, une tablette ou un PC.”

La Polynésie a un gros problème d’éducation malgré une culture très favorable aux mathématiques et à la création graphique. Quelles techniques pédagogiques modernes permettraient de faire émerger nos talents négligés ?
“Je ne suis pas un expert en méthodes d’enseignement, mais je vais vous dire qu’il est important de montrer aux étudiants polynésiens que les outils et formations que nous allons mettre gratuitement à leur disposition leur donneront accès aux artistes les plus talentueux du monde. Les outils et les réseaux que l’école Poly3D apporte avec Autodesk permettent d’avoir des mentors à travers le monde qui pourront les aider à trouver des façons de créer de nouvelles histoires à raconter.”

Quelque chose d’autre que vous souhaiteriez préciser ?
“Je suis tellement excité de venir, c’est un des plus grand honneur de ma carrière. Je veux montrer aux étudiants les opportunités qu’Autodesk peut leur offrir. À Autodesk, notre mantra c’est “imaginer, concevoir et créer”. On veut montrer que les étudiants de Poly3dD pourront faire tout ça assez facilement avec les outils mis à leur disposition.
Pour eux, j’amène de beaux cadeaux : 200 licences de Maya LT, et plein d’autres surprises !”

Poly3D : L’école des Arts et Métiers du Numérique de la CCISM
Le pôle formation de la CCISM envisage l’ouverture d’une école des Arts et Métiers du Numérique : Poly3D, dans un secteur porteur d’emplois nouveaux. Cette école vise à former les jeunes bacheliers du Pays aux jeux vidéo, aux technologie de l’image et du cinéma de synthèse, à l’animation 3D et aux autres arts du numérique. Elle est soutenue par les professionnels d’OPEN, le CNAM et l’école consulaire « Les Gobelins – Paris ». Enfin, de très grandes sociétés du numérique comme « Autodesk» et « Execution Labs – Montréal » lui apportent leur concours.Voici la présentation qu’en fait Christophe Gomez, initiateur du projet :
« Cette nouvelle école impulse le développement de la révolution numérique en Polynésie française en produisant, d’emblée, des « advergames » (dispositifs vidéo-ludiques de publicité), des « edugames » (outils de formation à distance), et autres jeux spécialisés.
Appliquant la pédagogie par immersion, elle ne sépare pas la théorie de la pratique. Après une sélection rigoureuse qui s’adresse à des jeunes gens motivés, cette école fonctionnera par équipes-projet de taille réduite au sein d’une promotion de 20 étudiants. Ils doivent réaliser, sous la double supervision d’un coach technique et d’un mentor professionnel, une production numérique concrète dans le cadre d’une entreprise polynésienne partenaire.
Au terme de l’obtention de la licence professionnelle, la visée finale sera pour les meilleurs d’entre eux de créer des start-up dans le cadre de l’incubateur du Pays. »Photo: Tahiti infos