À Bora Bora, Tumu-iti se prépare au classement (Hiro’a n° 222 – Juin 2026)
À Bora Bora, Tumu-iti se prépare au classement (Hiro’a n° 222 – Juin 2026)
À Bora Bora, Tumu-iti se prépare au classement (Hiro’a n° 222 – Juin 2026)
Rencontre avec Paul Niva, archéologue de la Direction de la culture et du patrimoine. Texte : Jenny Hunter – Photos : DCP
À Bora Bora, la Direction de la culture et du patrimoine, la commune, les associations culturelles et les acteurs du tourisme se mobilisent pour préserver Tumu-iti, lieu emblématique de la tradition mā’ohi associé au dieu créateur Ta’aroa. Tous espèrent désormais le classement officiel du site.
Depuis le début de l’année, la Direction de la culture et du patrimoine mène à Bora Bora plusieurs actions destinées à préserver l’un des sites les plus emblématiques de la tradition mā’ohi. Paul Niva, archéologue, a été dépêché sur les lieux afin d’examiner l’état de la pierre sacrée Tumu-iti.
Un lieu fondateur de la tradition mā’ohi
Dans la tradition orale mā’ohi, Tumu-iti est désigné comme le lieu de naissance du dieu Ta’aroa, créateur de l’univers dans la mythologie polynésienne. Le « chant de Création » transmis par deux prêtres de Vavau, Paoa’i et Vai’ai, à travers les témoignages recueillis au XIXe siècle par le révérend Orsmond [Tahiti aux temps anciens, Teuira Henry, NDLR] mentionne explicitement Tumu-iti, la « coquille » dans laquelle Ta’aroa aurait séjourné juste avant de créer le monde. Cette enveloppe est matérialisée par une pierre ovoïde située à la pointe de To’opua-iti et constitue encore aujourd’hui un lieu de cérémonies traditionnelles. « C’est de cette coquille que Ta’aroa s’est levé et a secoué ses plumes qui ont créé toute la végétation que l’on connaît », raconte Paul Niva.
Un site sous surveillance
Durant deux ans, sur place, l’association Te Fare Hiroa no Vavau, les acteurs du secteur touristique ainsi que la commune de Bora Bora ont milité pour préserver l’authenticité des lieux, menacée par la construction d’un hôtel. Aujourd’hui, les tensions sont apaisées et tous œuvrent aux côtés de la Direction de la culture et du patrimoine afin de sauvegarder l’intégrité du site.
Le 6 mai dernier, une réunion de travail a réuni les différents acteurs concernés afin d’échanger sur l’état de conservation du site, les enjeux de sa préservation et les démarches de classement. Tous ont réaffirmé leur volonté commune de protéger ce lieu emblématique du patrimoine de Bora Bora. « Au-delà des réflexions techniques et administratives, cette réunion a surtout été un moment de dialogue et de partage, illustrant l’importance de travailler collectivement pour la protection du patrimoine de Bora Bora », a souligné la Direction de la culture et du patrimoine.
Paul Niva dresse un premier bilan de l’état de la pierre plutôt satisfaisant : « De manière générale, on va dire que ce conglomérat est en bon état. Bien sûr, il présente des fractures et risque de se fracturer davantage, mais cela est dû à l’érosion naturelle. Quelques blocs se sont détachés, mais nous pouvons encore préserver Tumu-iti », explique l’archéologue. Tous les acteurs œuvrant dorénavant pour la préservation du site, des travaux devraient démarrer sous peu. « Nous avons différentes techniques pour restaurer la pierre. Il faut que nous fassions des tests avec le même type de roche pour adopter la meilleure technique possible de restauration. Il nous faut premièrement enlever tout l’air que contient la pierre pour éviter qu’elle ne s’effrite davantage », note Paul Niva.
En attendant le classement, plusieurs aménagements sont prévus afin de protéger le site, notamment la création d’un remblai autour de la pierre, à moitié dans l’eau et sur la terre, et l’étude d’un système de cerclage souhaité par la commune. En parallèle, la Direction de la culture et du patrimoine poursuit ses recherches afin de déterminer la méthode de restauration la plus adaptée. Comme Paul Niva l’explique : « Nous essayons au maximum de protéger la pierre. Certains blocs de pierre se sont détachés du bloc principal. Nous n’allons pas les remettre, mais vraiment restaurer ce qui reste de Tumu-iti. »
Si le classement est validé, Tumu-iti rejoindra les quatre sites patrimoniaux déjà protégés à Bora Bora, renforçant ainsi la reconnaissance officielle d’un lieu majeur de la mémoire mā’ohi.
Tumu-iti : la pierre divine
À l’extrême sud du motu To’opua-iti à Bora Bora, un rocher posé sur l’eau est appelé Tumu-iti, la pierre divine, qui symbolise le point de départ du développement de la terre jusqu’à son état actuel. Cette pierre est enveloppée de l’esprit du dieu Ta’aroa. Elle est l’essence de Ta’aroa.
Paora’i et Vai’ai, deux grands prêtres de Bora Bora, ont transmis les chants de la Création du monde :
« … Ta’aroa était l’ancêtre de tous les dieux. Il créa toutes choses. Depuis dans des temps immémoriaux existait le Grand Ta’aroa, l’origine… les formes de Ta’aroa étaient innombrables, il était Ta’aroa au-dessus, Ta’aroa en dessous, Ta’aroa de la base…
… Ta’aroa se tint dans sa coquille depuis l’origine des temps. Un jour, Ta’aroa sortit de sa coquille et constata qu’il était seul. Il nagea dans l’espace sans terre. Il nagea loin vers le haut, et loin vers le bas, puis il rentra à l’intérieur de Tumu-iti, à Faaiti, à l’intérieur de sa coquille, et resta là, confiné dans l’obscurité épaisse. Lorsque par la suite, il créa le monde… les rochers ou papa refusèrent de s’accoupler. C’est alors que… Tumu-iti-fenua s’unit à Te-tupu-ô-‘ai’ai. Ils engendrèrent Taune’e et la terre se répandit… »


