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1- Une reconnaissance internationale

Abbatiale de Saint-Savin sur Gartempe (1983)

Abbaye cistercienne de Fontenay (1981)

Arles, monuments romains et romans (1981)

Basilique et colline de Vézelay (1979)

Bassin minier du Nord-Pas de Calais (2012)

Beffrois de Belgique et de France (1999)

Bordeaux, Port de la Lune (2007)

Canal du Midi (1996)

Cathédrale d’Amiens (1981)

Cathédrale de Bourges (1992)

Cathédrale de Chartres (1979)

Cathédrale Notre-Dame, ancienne abbaye Saint-Rémi et palais du Tau, Reims (1991)

Centre historique d’Avignon : Palais des papes, ensemble épiscopal et Pont d’Avignon (1995)

Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France (1998)

Cité épiscopale d’Albi (2010)

Coteaux, maisons et caves de Champagne (2015)

De la grande saline de Salins-les-Bains à la saline royale d’Arc-et-Senans, la production du sel ignigène (1982)

Fortifications de Vauban (2008)

Grotte ornée du Pont-d’Arc, dite Grotte Chauvet-Pont-d’Arc, Ardèche (2014)

Juridiction de Saint-Émilion (1999)

Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret (2005)

Le phare de Cordouan (2021)

Les Causses et les Cévennes, paysage culturel de l’agro-pastoralisme méditerranéen (2011)

Les climats du vignoble de Bourgogne (2015)

Les grandes villes d’eaux d’Europe (2021)

L’Œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne (2016)

Mont-Saint-Michel et sa baie (1979)

Nice, la ville de la villégiature d’hiver de riviera (2021)

Palais et parc de Fontainebleau (1981)

Palais et parc de Versailles (1979)

Paris, rives de la Seine (1991)

Places Stanislas, de la Carrière et d’Alliance à Nancy (1983)

Pont du Gard (1985)

Provins, ville de foire médiévale (2001)

Site historique de Lyon (1998)

Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes (2011)

Sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère (1979)

Strasbourg – Grande île (1988)

Taputapuātea (2017)

Théâtre antique et ses abords et « Arc de Triomphe » d’Orange (1981)

Val de Loire entre Sully-sur-Loire et Chalonnes (2000)

Ville fortifiée historique de Carcassonne (1997)

Critère (I)

Représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain ;

Critère (II)

Témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages ;

Critère (III)

Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue ;

Critère (IV)

Offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine ;

Critère (V)

Être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d’une culture (ou de cultures), ou de l’interaction humaine avec l’environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l’impact d’une mutation irréversible ;

Critère (VI)

Être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle (Le Comité considère que ce critère doit préférablement être utilisé en conjonction avec d’autres critères) ;

Critère (VII)

Représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ;

Critère (VIII)

Être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ;

Critère (IX)

Être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ;

Critère (X)

Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation.

L’Afghanistan

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L’Argentine

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L’Autriche

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Le Zimbabwe

2- Un paysage culturel

Le périmètre du bien a été défini en s’appuyant sur les limites territoriales traditionnelles dessinées par des éléments naturels du paysage, de manière à intégrer tous les attributs matériels et immatériels du paysage culturel de Taputapuātea qui expriment sa valeur universelle exceptionnelle.

Montagne sacrée, passe récifale sacrée, îlot, vestiges archéologiques, forêt anthropique patrimoniale, toponymes, sont autant d’éléments inséparables du complexe du Marae Taputapuātea décrits par le paripari fenua, déclamation coutumière qui définit le paysage culturel de Taputapuātea.

Le paysage de la basse vallée de ‘Ōpoa et du littoral s’est transformé de manière notoire depuis le XIXe siècle, avec la christianisation et la colonisation. Cependant, le paysage traditionnel continue à être clairement mis en évidence par plusieurs indicateurs clés, comme la répartition spatiale des vestiges archéologiques dans la vallée de ‘Ōpoa et ses 83 marae recensés, ou les forêts anthropisées par les Polynésiens.

Ce paysage révèle les anciennes organisation territoriale et occupation du sol à la période pré européenne.

Le paripari fenua (« révélation de la terre ») est un chant traditionnel descriptif du territoire local, prologue de toute réception et utilisé avant un discours. Il précise aux invités, ou personnalités reçues, les limites et les caractéristiques des lieux où ils sont invités, il représente en quelque sorte la carte d’identité du territoire.

Si ce discours peut varier en mettant en avant telle ou telle information en rapport avec la personne accueillie, en revanche, il déclame systématiquement une présentation du territoire selon le même ordre, de la montagne jusqu’à la passe.

Paripari Ōpōa-Taputapuātea déclamé par M. Kaina Tavaeari’i, dit « Pāpā Maraehau » :

« MOU’A tei ni’a, TE-A’E-TAPU
Te a’e-tapu (‘e ‘o) Urufa’atiu
Tū’ati nā tara e piti
Raro raro noa iho
Te MARAE VAEĀRA’I
E papa ‘ei vauvaura’a Nō nā ta’o e va’u
TAHUA tei raro
MATA-TI’I-TE-TAHUA-ROA
E PAPE tō ‘u e vai nei
VAI-TARA-TŌA, VAI-TĪARE
‘O RO’I-TŌ-MŌANA
Hopuhopura’a nō te ‘Aitō
‘OUTU tei tai
MATA-HIRA-I-TE-RA’I
E PAPA tei ni’a i taua ‘outu ra
Vauvaura’a nō TINIRAU-HUIMATA
Terā noa mai ra TE-AVA-MŌ’A
‘Oia tei parauhia ē
TE-TAI-RAPA-TI’A
He’era’a nō ke Pape ō HĪVĀ
Hīvā i te topara’a-mahana
Hīvā i te hiti-mahana »

Un SOMMET culmine, TE-A’E-TAPU
Te-a’e-tapu et Urufa’atiu
Deux éminences inséparables
Dessous, juste en-dessous
Le SANCTUAIRE VAEĀRA’I
Piédestal où sont exposés les huit armes
Une PLACE PUBLIQUE s’étend dans la plaine
MATA-TI’I-TE-TAHUA-ROA
Mes COURS D’EAU s’écoulent inépuisables
VAI-TARA-TŌA, VAI-TĪARE
C’est aussi RO’I-TŌ-MŌANA
Eaux d’ablution pour les Braves

Une PÉNINSULE s’étire sur le littoral MATAHIRA-I-TE-RA’I

Une plate-forme domine cette péninsule
Elle assoit les prérogatives de TINIRAU HUIMATA
Et là-bas, s’étale TE-AVA-MŌ’A
Celle dont on dit qu’elle est
« La Mer Fortifiée de Pales de Rames »
Sur laquelle glisse l’Onde de HĪVĀ
Titans-Pêcheurs-d’Espaces de l’Ouest
Titans-Pêcheurs-d’Espaces de l’ Est

Taputapuātea est un territoire mā’ohi qui se décrit culturellement du sommet de la montagne au tombant du récif.

Le paysage comprend deux vallées dont les bassins versants sont clairement délimités par une ligne de crête qui délimite le bien : les vallées de ‘Ōpoa et de Hotopu’u. Elles se trouvent au pied des deux sommets emblématiques des montagnes Tea’etapu [1] (770m) et ‘Ōrofātiu [2] (825m).

Le haut de la vallée de ‘Ōpoa est resté très sauvage avec la présence de forêts et formations végétales naturelles et anthropiques. Assez haut sur les contre-forts de la montagne Tea’etapu et proche du sommet, dans une zone très abrupte surplombant une falaise, se situerait selon la tradition orale le Marae Vaeāra’i [11] (empreinte sacrée), marae originel édifié par les premières chefferies et siège du dieu bâtisseur Ta’aroa, qui y posa son pied droit après avoir fait naître du chaos et façonné les différents mondes qui constituent l’univers polynésien. En contre-bas, le haut de la vallée compris entre [3] et [5] recèle plus de 300 structures archéologiques en pierre envahies par la végétation. Elles sont typiques des aménagements d’habitat de vallées tahitiennes avec des terrasses horticoles, des plateformes servant de soubassements à d’anciennes maisons en matériaux périssables, des marae, des lieux funéraires. L’implantation de ces anciens habitats semble avoir été liée à la production horticole.

Le bas de la vallée de ‘Ōpoa a été profondément modifié par l’occupation contemporaine et il ne subsiste que très peu de vestiges archéologiques. L’inventaire réalisé par le Service de la Culture et du Patrimoine en 2013 a permis néanmoins de relever le paepae i Haupitimanu [13] dont les dimensions en font l’une des plus grandes plateformes de chef recensée aux Îles de la Société. Au niveau du stade de football du village actuel se trouve le lieu-dit Matati’itahuaroa [21] qui était un ancien espace cérémoniel, lieu où s’exerçait le pouvoir et les grands rassemblements.

La vallée et la baie de Hotopu’u renferment des structures archéologiques ainsi que deux marae implantés en bord de lagon [28] et [29].

La pointe et le littoral de ‘Ōpoa contient le complexe du Marae Taputapuātea [18] (pour le découvrir en détail voir la rubrique « Le cœur du bien »)

Côté lagon, la passe Te Ava Mo’a [31], littéralement « la passe sacrée », se situe en face du complexe du Marae Taputapuātea. Elle constitue le passage entre les baies ‘O’o’a Toa Hiva [15] et ‘O’o’a Toa Tapu [16] et l’Océan, Te Mōana Nui ō Hiva [34], porte d’entrée du territoire autant qu’ouverture vers l’extérieur. Cette passe est, dans la tradition orale, la maison de Tumura’i fenua, la pieuvre géante mythique qui déploie ses tentacules vers tous les archipels compris dans le Triangle polynésien.

Le motu Atāra [32], îlot corallien, est situé sur le récif barrière non loin de la passe Te Ava Mo’a. Ce motu abritait les oiseaux marins guidant les navigateurs vers les terres et servait de lieu d’accostage aux pirogues arrivant de l’extérieur avant que l’autorisation d’entrer cérémoniellement sur le site sacré de Taputapuātea ne leur soit donnée.

À environ 150 m du récif barrière côté océan, derrière le motu Atāra, se situe Te Marae nō te Fe’e Nui [33], le marae sous-marin de la pieuvre mythique Tumura’i fenua.

3- Le coeur du bien

La plate-forme des archers était destinée au tir à l’arc. L’architecture de ce type de plates-formes est très particulière et se caractérise par la forme concave de la partie frontale marquée par l’alignement en courbe des pierres plantées sur chant sur la face sud-est de la plateforme. Cette architecture en forme de demi-cercle signale une association possible entre cette discipline et le calendrier lunaire. Selon les experts, les jeux de tir à l’arc se pratiquaient, lors des périodes de pleine lune.

Ce type de plateforme bien particulière semble être une spécificité des Îles de la Société, puisqu’aucune autre plateforme de ce type n’a été découverte ailleurs en Polynésie, tout comme la pratique du tir à l’arc, qui semble limitée à ce seul archipel.

Le tir à l’arc était un sport sacré. En polynésien, il se nommait heiva te’aTe’a, était le terme utilisé pour désigner le « sport des dieux » et donc un sport réservé aux chefs, à l’élite masculine composée des ari’i (c’est-à-dire les chefs), des ‘aito (les guerriers) et des ra’atira (les propriétaires terriens). Les rituels sacrés qui accompagnaient la pratique du tir à l’arc expliquent la présence nécessaire d’un marae à proximité. Après une séance de purification sur le marae, le tireur prenait place sur la plate-forme habillé pour l’occasion.

Il ne s’agissait pas d’atteindre une cible mais de tirer le plus loin possible. L’archer tendait l’arc, flèche dirigée en hauteur, généralement orientée vers le sommet d’une montagne. Ici, la face concave de la plate-forme est orientée en direction du sud-est, vers la colline Matarepetā. Postés au sommet des arbres de part et d’autre du couloir de tir, de jeunes gens suivaient le parcours de la flèche, signalant son passage avec un morceau de tapa blanc ou d’un cri.

Une flèche pouvait parcourir jusqu’à 800 mètres de distance. À l’issue de la compétition, les archers confiaient leur matériel et leurs vêtements confectionnés pour l’occasion aux personnes désignées pour cette tâche.

Parallèlement à la plateforme des archers se trouve une autre plateforme le Paepae Tahua. Le paepae est une aire dallée de pierre volcanique ou d’origine corallienne qui servait de fondation à des constructions de bois. Mesurant un peu moins de 32m sur 9m50 de large en moyenne, ce paepae est délimitée par des dalles basaltiques et de corail, plantées verticalement sur chant.

Les fouilles pratiquées à cet endroit ont fait apparaître une quantité d’ossements animaux et humains brisés et brûlés, associés à des vestiges de cuisson, probablement d’anciens fours. Il s’agirait donc d’une plateforme de réunion où les chefs festoyaient.

En bord de lagon est implanté le marae Tau’aitū. Le côté faisant face au lagon est surmonté d’une plateforme rectangulaire appelé ahu qui pourrait être apparenté à une sorte d’autel. Il mesure un peu plus de 23m de long pour près de 5m de large.

Il est délimité par des dalles dressées en calcaire corallien et basalte de 1,90m de hauteur en moyenne. La cour du marae de 825m2 environ est entièrement pavée. Un bloc polissoir est inséré dans le pavage à l’angle sud-ouest de la cour.

Au sud-est, cinq petites plateformes accolées, délimitées par des rangées de pierres plantées sur chant, bordent la cour. Leur fonction précise n’est pas connue, mais l’on trouve parfois ce type de petites plateformes étagées, accolées à un grand marae, pouvant matérialiser des espaces dédiés à des activités rituelles spécifiques.

Durant la restauration de 1995, des ossements humains et d’animaux ont été mis au jour sous le pavage de la cour. Une partie a été déposée à l’intérieur du ahu. Les datations effectuées sur ces ossements les situent dans une période comprise entre la fin du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle.

La pierre ‘Ōfa’i Taputa’ata est posée sur le sol sableux devant la cour, à l’ombre du banian. Cette dalle basaltique comporte de nombreuses cupules, ces dépressions circulaires creusées par l’homme à la surface de la dalle, qui évoquent une utilisation rituelle. La signification du nom de cette pierre est « pierre des offrandes sacrificielles humaines ».

D’après la tradition orale, le Marae Tau’aitū aurait été un marae consacré aux rites du rāhui. Le rāhui est un interdit provisoire posé sur une ressource alimentaire. Il désigne une restriction ou une interdiction totale de consommer ou transporter telle ou telle ressource nourricière terrestre ou marine dans un but de conservation ou de reconstitution des ressources (une sorte de développement durable avant l’heure!)

La notion de rāhui, tout comme celles de mana et de tapu, est indissociable de la civilisation polynésienne pré européenne. C’était une notion structurante de la société, en relation très étroite avec le pouvoir politique et le sacré. En effet, le rāhui était décidé et imposé par un chef pour une période qui pouvait parfois atteindre une année entière. Le rāhui répondait alors davantage à l’émanation de l’autorité d’un chef qu’à une logique écologique. Bien entendu, le arii (c’est-à-dire le chef) n’avait aucun intérêt à épuiser une ressource mais il devait avant tout imposer son autorité divine et sacrée sur la population. Une fois le rāhui levé, parfois donc au bout d’un an d’interdit, les ressources nouvellement produites étaient distribuées en abondance.

Le Marae Hauviri était le temple familial de l’ancienne et puissante dynastie royale Tamatoa qui a régné sur les Îles-sous-le-Vent jusqu’à la christianisation.

Ce grand marae est construit au bord du lagon. Son ahu est édifié sur une plateforme de blocs basaltiques s’avançant dans l’eau. Ce ahu est une plateforme constituée de dalles coralliennes et mesure près de 30m de long sur près de 6m de large et jusqu’à 1,80 m de hauteur.

Le mur bas d’enceinte a été entièrement construit lors de la restauration de 1995.

Au centre de la cour, se trouve une grande dalle de corail taillée, haute de 2,80m, appelée Te Papa-tea-o-Ruea littéralement « Le rocher blanc de l’investiture ». Elle aurait été apportée par le dieu Hiro pour fonder les chefferies ou les ari’i de Raiatea. Selon la tradition, elle servait à l’intronisation du chef. Ce marae était la propriété de la famille des ari’i maro ‘ura (les chefs qui portent la ceinture de plumes rouges), c’est-à-dire détenant le plus haut titre du pouvoir. Le chef était soulevé et placé sur un siège au sommet de cette dalle pour y être acclamé.

La tradition orale rapporte que cette pierre dressée était également désignée ‘ofa’i faito ta’ata (« pierre pour mesurer les hommes »), en souvenir de l’histoire selon laquelle le sommet de cette pierre arrivait à l’épaule de l’ancien chef Tahitoe, et qu’elle ne s’élevait que de 30 cm au-dessus de la tête du chef Tamatoa. Un autre nom de cette pierre est Te Papa o na maha (« la pierre des quatre »), désignant les quatre hommes sacrifiés qui auraient été enterrés à ses côtés comme gardiens.

Le marae est situé de l’autre côté de la plage Tau-ra’a-tapu, son ahu est tourné vers la mer et implanté sur une plateforme de retenue s’avançant sur le lagon. Aujourd’hui, seul le ahu est visible, car il n’a pas été fouillé et l’espace de la cour est encore recouvert de sable. Ce marae n’a pas de nom conservé, mais la tradition actuelle en fait un marae destiné aux chefs des familles de rang inférieur. Ces derniers sont désignés comme les « teina », c’est-à-dire branches cadettes de la famille ari’i, il a donc été dénommé Marae ‘Ōpūteina.

Les délégations de tous les archipels qui venaient à ‘Ōpoa entraient alors par la passe sacrée Te Ava Mō’a qui fait face au Marae Taputapuātea selon des rituels bien définis. À l’époque, le marae était alors caché du rivage par une épaisse forêt composée essentiellement de aito ou arbres de fer.

Les grandes pirogues royales des chefferies alliées étaient accueillies sur la plage de Taura’a-tapu, située sur le flanc ouest du marae Hauviri. Cette petite plage de sable, large d’une quinzaine de mètres, sépare les marae Hauviri et ‘ŌpūteinaTau-ra’a-tapu signifierait « place d’arrivée des sacrifices ». Dans les traditions rapportées par Teuira Henry (2000), les pirogues des chefs alliés y accostaient en amenant leurs sacrifices. Ces chefferies venaient à Taputapuātea pour se concerter lors des rassemblements interinsulaires mais aussi pour récupérer les pierres de fondation destinées à édifier de nouveaux marae dédiés au culte du dieu ‘Oro sur d’autres îles.

Taputapuātea est inscrit au Patrimoine mondial en tant que paysage culturel terrestre et marin. L’ensemble du site est ainsi délimité par des éléments naturels du paysage dotés d’une symbolique importante.Le marae Taputapuātea est tourné vers Te Ava Mo’a, une passe sacrée dans le récif qui borne le lagon.

Le motu Atāra est un îlot du récif qui offre un habitat aux oiseaux marins. Les embarcations arrivant de haute mer attendaient ici avant d’être conduites dans la passe sacrée, puis officiellement accueillies à Taputapuātea. Ce motu avait également pour fonction d’annoncer, par la forme des nuages apparaissant au-dessus de lui, divers présages.

Enfin, au-delà de la passe et toujours dans le périmètre du « paysage », la tradition orale rapporte qu’un marae serait immergé à environ 80m, et serait une des demeures de la Grande Pieuvre Mythique Tumu-Ra’i-Fēnūa, la grande pieuvre du mythe des origines. Dans les temps anciens elle était crainte et respectée. « Tumu » c’est la source, l’origine, le début ; « Ra’i » le ciel ; « Fenua » la racine, le fondement, la Terre.

Le Marae Taputapuātea est la structure archéologique la plus importante du complexe. Il est entièrement pavé et présente un plan trapézoïdal. Il a fait l’objet de plusieurs restaurations, une première fois en 1968, puis en 1995. La cour pavée mesure dans ses plus grandes dimensions 44 m de long et jusqu’à 60 m de large.

Le marae était dans sa dernière phase d’occupation, dédié au culte du dieu ‘Oro. D’après la tradition orale, il se nommait auparavant « Marae Tinirau-Hui-Mata-o-Fe’oro », puis Vai’ōtaha. Lors de sondages réalisés dans les années 1960, les archéologues Kenneth Emory et Yosihiko Sinoto ont retrouvé dans la cour de nombreux charbons de bois et des fragments d’ossements humains. Un pavage plus ancien est enfui sous celui qui apparait en surface.

Cinq pierres dressées sont réparties sur le pavage, dont les plus remarquables sont proches du ahu, la plateforme surélevée avec de grandes dalles de corail à l’arrière de la cour.

La pierre la plus proche du ahu mesure 1,70m de hauteur. Toujours d’après la tradition orale cette pierre marque l’emplacement où le cordon ombilical des enfants ari’i était enterré.

La deuxième grande pierre dressée mesure 1,50m de hauteur, elle servait, selon la tradition orale, aux sacrifices humains. L’on remarque que le bord latéral a été taillé, formant un tranchant.

Le ahu du Marae Taputapuātea est la partie la plus sacrée du site. Long de 42,50m pour une largeur comprise entre 7 à 8m, il est orienté nord-sud, contrairement aux autres marae du site, qui sont tous orientés vers la mer. À l’intérieur de l’ahu actuel, il existe deux versions plus anciennes et plus petites, l’une construite autour de l’autre, de même que le pavage de la cour recouvre un niveau antérieur, traduisant un agrandissement caractéristique des évolutions religieuses et des compétitions de prestige et de pouvoir intenses entre les chefferies des Îles Sous-le-Vent de la période des chefferies ari’i puissantes jusqu’au début du XIXe siècle.

Le ahu possède à son sommet un enclos où l’effigie du dieu était déposée durant les cérémonies.

Accolée à la façade du ahu, se trouve le ava’a, une petite plateforme dont la fonction était équivalente à un autel sacré. Aujourd’hui, les offrandes modernes y sont déposées.

La description du marae serait incomplète sans évoquer l’arbre banian ora qui pousse au sommet du ahu. Il était déjà présent dans les années 1960 au moment des premières restaurations. Il serait un rejet du banian mythique décrit dans la légende de Hina.

Un autre marae plus petit voisine le ahu de Taputapuātea et partage sa cour pavée. C’est le Marae ō Hirō. Il serait le marae de Hiro, ancêtre fondateur de la lignée de la chefferie Tamatoa.

4- La description d’un marae

Si les marae existent partout dans l’aire polynésienne, puisant aux mêmes racines culturelles, les modifications architecturales sont intervenues différemment selon les archipels, en suivant les évolutions religieuses et rituelles locales. On trouve donc une diversification des marae selon les îles, même si le principe de la cour et des pierres dressées demeurent des caractéristiques communes.

C’est à partir du XIVe siècle que les marae ont fait l’objet d’innovations propres aux Îles de la Société. En particulier, les marae de Taputapuātea représentent des exemples architecturaux des marae monumentaux caractéristiques des Îles Sous-le-Vent. Orientés vers des éléments du paysage naturel très précis (tel que le sommet d’une montagne, une passe…), les marae ont pris la forme de cours pavées quadrilatérales (tahua), comportant à une extrémité, une plateforme rectangulaire, appelée ahu. Le ahu était la partie la plus sacrée du marae. Seul le chef et quelques prêtres pouvaient y monter lors des cérémonies. Dans la cour pavée du marae, étaient dressées des pierres (‘ōfa’i ti’a) aux fonctions différentes : celles faisant face au ahu représentaient la position des dieux ainsi que la position généalogique d’une personne au sein de la famille. La pierre centrale était destinée au premier-né et les pierres dressées sur les côtés aux cadets. D’autres pierres étaient des pierres dossiers (‘ōfa’i turu’i, tuturi) contre lesquelles les membres importants de la chefferie s’y adossaient pendant que les prêtres officiaient.

Les infrastructures en matériaux périssables (comme le bois, les fibres, le tapa, les plumes) étaient omniprésentes et disposées à l’intérieur ou à l’extérieur du marae. Il faut se représenter ces marae qui jusqu’au 18e siècle supportaient de nombreuses constructions et installations en bois aux différentes fonctions rituelles comme peuvent en témoigner les écrits et dessins des écrivains voyageurs européens.

Parmi ces éléments de bois, citons les plus remarquables tels que les unu, de grandes stèles en bois sculptées d’images anthropomorphes, zoomorphes ou géométriques, peints en couleurs vives obtenue à partir de pigments naturels, ils étaient érigés sur le ahu et dominaient la structure. On dénombrait également des tables d’offrande appelée fata. Celles-ci pouvaient atteindre jusqu’à 4m de hauteur, elles étaient soutenues par des poteaux en bois et placées sur les grands marae des chefferies, faisant face au ahu. Les offrandes qu’elles contenaient, composées de chair animale et accompagnées de fruits locaux, étaient destinées aux dieux. Des maisons étaient également associées au marae, disposées à l’intérieur ou à l’extérieur de son enclos. Sur les plus grands marae voués aux dieux suprêmes et aux ari’i, des maisons nommées fare ia manaha ou « maisons des trésors sacrés » étaient construites pour conserver les effigies (to’o et ti’i) et les objets les plus sacrés. Elle devait être érigée en une journée et une victime humaine était placée sous le poteau central. Les gardiens du marae y passaient la nuit.

Le Fare atua servait plus spécifiquement à transporter et à présenter l’effigie du dieu (to’o). La plupart des fare atua était rangée le long de la façade avant du ahu. Cette construction en forme d’arceaux rappelle un hangar à pirogue miniature, ne mesurant pas plus de 1,20 m. Son aspect la fit comparer à une arche par le Capitaine Cook.

La maison du prêtre ou fare tahutahu était située à l’avant, au-delà des murs d’enceinte du marae. Sur les marae les plus importants, on trouvait également les maisons des officiants qui entretenaient les marae et apportaient leur aide aux cultes. Une maison sur pilotis contenant les images des dieux, des ancêtres déifiés connue sous le nom de fare ti’i se trouvait également dans l’enceinte des plus grands marae, tel celui de Taputapuātea, dédié au dieu ‘Ōro.

On trouvait également des hangar à pirogue (Fare va’a) dont les dimensions varient en fonction des embarcations qu’ils abritaient. Les pirogues de guerre, les grands pahī, pirogues doubles à deux mâts, étaient placées sous les hangars dont les dimensions variaient de 25 à 55 m pour la longueur et de 8 à 12 m pour la largeur.

Le Fare tūpāpa’u était quant à lui la maison d’exposition du cadavre des chefs ari’i. Une longue table accueillait le défunt ari’i en position assise. Le corps était exposé durant la journée au soleil. Les individus importants, après avoir été exposés de cette manière, étaient transportés jusqu’à leur marae ancestral où l’on récupérait leur crâne pour le vénérer en tant qu’ancêtre déifié.

Il existait différents types de marae tahitiens qui se distinguaient par leur fonction. Ceux-ci allaient du marae dit « national », qui était celui d’une chefferie et dont les caractéristiques principales comprenaient les structures décrites précédemment au marae tupuna, c’est-à-dire le marae familial. Ainsi, chaque famille possédait son propre marae, auquel étaient rattachés les noms héréditaires des ancêtres permettant aux membres de prouver leur identité et leur propriété. Sous sa forme la plus simple, il pouvait se matérialiser sous la forme d’un pavage ou d’un espace délimité par un mur ou une palissade dans lequel étaient dressées les pierres attitrées des membres de la famille. On peut retrouver ce type de marae dans les hauteurs de la vallée de ‘Ōpoa.

Enfin, chaque corporation de spécialistes ou d’artisans possédait son marae : pêcheurs, constructeurs de pirogues.

En définitive, le marae structurait l’ensemble de l’organisation sociale depuis la cellule familiale jusqu’à la dimension collective.

Les Polynésiens avant la christianisation étaient polythéistes. Leur religion comprenait une multitude de dieux reflétant la hiérarchie des hommes. À côté des dieux « supérieurs », de nombreux autres dieux incarnaient les forces naturelles, les espèces vivantes, animales et végétales, et les minéraux. Certains ancêtres (tupuna) des hautes lignées étaient déifiés et avaient droit à des cultes au même titre que les autres dieux.

Cette religion ancienne s’appuie sur plusieurs concepts dont celui du sacré mais aussi sur deux autres notions fondamentales : celle de mana que l’on pourrait traduire par le pouvoir spirituel, et celle de tapu (qui regroupe autant le caractère sacré que ce qui doit être mis à l’écart, car sacré).

Le chef est dépositaire du mana des dieux. C’est lui qui intercède auprès d’eux pour assurer la survie du groupe au travers de rituels menés par des prêtres. Dans l’ancienne société tahitienne par exemple, le premier-né d’une famille de chefs (ari’i) recevait le pouvoir sacré politique tandis que le cadet était destiné aux fonctions de prêtrise. Cette émanation de sacralité s’appliquait à toute chose, qu’elle soit vivante ou inerte comme les pierres dressées qui étaient le réceptacle de la sacralité.