Les vallées de Anaho et Ha’atuatua dévoilent leurs trésors (Hiro’a n° 224 – Aout 2026)

Les vallées de Anaho et Ha’atuatua dévoilent leurs trésors

RENCONTRE AVEC PAUL NIVA, ARCHÉOLOGUE PATENTÉ ET BÉLONA MOU, ARCHÉOLOGUE DE LA DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE : JENNY HUNTER · PHOTOS : DCP

En un mois de prospection à Nuku Hiva, l’archéologue Paul Niva et son équipe ont recensé 637 structures dans les vallées de Anaho et de Ha’atuatua. Un résultat spectaculaire qui enrichit considérablement les connaissances sur le patrimoine des Marquises et contribue à sa préservation.

L’archéologue Paul Niva a été mandaté par la Direction de la culture et du patrimoine pour réaliser une campagne d’inventaire et de prospections archéologiques dans les vallées de Anaho et Ha’atuatua à Nuku Hiva. L’opération, qui s’est déroulée pendant un mois, en juin dernier, s’inscrit dans le cadre des missions de la DCP pour enrichir les données archéologiques, et revêt une importance particulière depuis l’inscription d’une partie des Marquises au patrimoine mondial de l’Unesco. Les vallées de Anaho et Ha’atuatua font partie des zones classées. « Cette mission répond au premier objectif stratégique du plan de gestion des Marquises, qui vise à améliorer la connaissance et la préservation du patrimoine naturel et culturel », indique Bélona Mou, archéologue de la Direction de la culture et du patrimoine. L’inventaire archéologique de ces zones répond en effet à la fiche d’action du plan de gestion – inventorier, consolider et documenter les connaissances en matière de patrimoine. Préalablement, le travail a porté sur les vallées de Hakaui et Nuku à Taha (Terre déserte). Et la prochaine mission devrait se dérouler l’an prochain à Tahuata. La phase 1 (inventorier tous les sites classés) est loin d’être terminée. « Ce travail nous permettra ensuite de mieux accompagner les projets d’aménagement et de protéger en même temps les sites archéologiques », souligne l’archéologue.

637 structures archéologiques inventoriées

Pour Paul Niva, archéologue qui a dirigé la mission épaulé par un technicien archéologue et deux ouvriers originaires des Marquises, la campagne a été un véritable succès. « Nous sommes allés prospecter dans les vallées de Anaho et Ha’atuatua. Il faut savoir que les superficies à inspecter sont énormes. On parle d’un peu plus de 800 hectares. Pour mener à bien ce chantier, nous avons fait un énorme travail en amont avec la population, surtout pour ceux qui habitent à Hatiheu qui connaissent bien les deux vallées. À Ha’atuatua, nous avions un contact sur place. À Anaho, il a d’abord fallu aller à la rencontre de chaque propriétaire terrien pour leur demander l’accès au terrain. C’est un processus assez compliqué, mais, au final, ils ont donné leur accord pour que l’on prospecte sur leur propriété. Nous devions vérifier si des vestiges archéologiques s’y trouvaient », explique-t-il.

Avant cette campagne, seuls vingt sites étaient recensés dans ces deux vallées. En un mois de terrain, les archéologues ont identifié 637 structures, révélant une richesse patrimoniale jusqu’alors largement sous-estimée. Parmi ces structures des paepae, des pétroglyphes, des ua ma, des bas-reliefs, des tiki (voir encadré). Il faut noter la présence de terrasses horticoles sèches, des tarodières, principalement dans la vallée de Ha’atuatua.

L’une des découvertes les plus marquantes concerne « un pétroglyphe de limite » entre Anaho et Ha’atuatua. « Un grand mur long d’au moins 300 mètres séparait les tribus des vallées. Nous avons retrouvé des murs à Ha’atuatua, mais pas autant qu’à Anaho. Cela nous montre aussi la dimension politique de ces vestiges », précise Paul Niva, qui ne cache pas l’étonnement général de retrouver autant de structures et se réjouit du soutien obtenu sur le terrain. « Grâce à la collaboration de la population ainsi qu’à nos deux ouvriers marquisiens, nous avons pu localiser plus facilement ce que nous recherchions. Les propriétaires terriens nous ont bien aidés ainsi que les chasseurs qui connaissent très bien les vallées pour les arpenter régulièrement. »

Au fur et à mesure de l’évolution de la campagne d’inventaire, l’équipe a minutieusement tout cartographié. « Notre méthodologie était simple : relever les coordonnées GPS, réaliser des croquis et décrire ce que l’on voyait, les formes géométriques… Nous avons par la suite numérisé les relevés. C’est un travail de longue haleine sur le terrain, mais il y a aussi toute une partie de notre travail où nous devons analyser et traiter les données. Et il est possible que certains vestiges restent encore à découvrir », prévient l’archéologue.