1- Les raisons de la demande d’inscription
Les enjeux et opportunités
De nombreux enjeux et opportunités résulteraient de ce projet d’envergure pour Te Henua Ènata – les îles Marquises, dans le cas où l’inscription venait à se concrétiser !
Ces enjeux et opportunités sont identifiés et définis ainsi :
– La mise en place d’un plan de gestion global en concertation avec la population, pour préserver ce qui fait la richesse culturelle et naturelle de l’archipel. Fixer les modalités et actions pour une gestion durable des ressources dans l’optique de les transmettre aux générations futures ;
– Meilleure gestion des espaces naturels et culturels ;
– Préserver et encourager la transmission des connaissances et de la tradition orale aux jeunes marquisiens ;
– Préserver l’écosystème et les richesses naturelles ;
– Renforcement du lien communautaire au travers d’une gestion commune ;
– Concilier protection et développement économique de l’archipel ;
– Faire rayonner Te Henua Ènata – les îles Marquises à l’international ;
– Augmentation potentielle de la fréquentation touristique sur l’archipel. L’enjeu pour les Marquisiens sera d’être en mesure de se structurer pour répondre à une demande plus importante (commerces, restauration, hôtellerie, excursions…) ;
– Apporter une valeur ajoutée aux productions locales ;
– Renforcer la protection du Bien proposé par des dispositions juridiques et/ou coutumières (kahui) ;
– Engager des opérations de sauvegarde (plantation d’espèces indigènes, restauration archéologique) ;
– Protéger le bien des menaces environnantes. Aux Marquises, 4 menaces principales ont été identifiées : les divagants, les feux, les activités humaines et les espèces exotiques envahissantes (EEE) ;
– Conserver les ensembles archéologiques monumentaux, les tiki et les pétroglyphes qui sont les témoignages exceptionnels de cette histoire ;
– Et enfin, avec l’inscription sur la liste du patrimoine mondial, les îles Marquises pourraient devenir un observatoire océanographique et botanique qui permettrait l’étude des changements globaux (climats, etc.) dans le Pacifique.
Qu’est ce qu’une VUE ?
La Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) décrit le bien et explique pourquoi le bien est reconnu et protégé.
– « Valeur » : définit en quoi le bien est précieux ;
– « Universelle » : l’importance des biens à protéger est mondiale, l’importance qu’ils représentent pour les peuples du monde entier ;
– « Exceptionnelle » : il s’agit des biens naturels et culturels, les plus exceptionnels de la Terre.
Te Henua Ènata – les îles Marquises, défendent la VUE de leur bien qui comprend plusieurs sites sur les principales îles de l’archipel, avec une inscription mixte combinant nature et culture.
Concrètement la VUE du bien Te Henua Ènata – les îles Marquises se traduit par :
– un écosystème naturel remarquable ;
– de nombreuses espèces endémiques ;
– une diversification d’une flore et d’une faune terrestre et marine uniques ;
– des paysages naturels spectaculaires (verticalité du relief, montagnes escarpées, crêtes et pitons parmi les plus hauts du monde) ;
– une richesse archéologique (architecture, tiki, pétroglyphes, paepae, sculptures…) ;
– une culture originale et unique (légendes, mythes, langue, rituels…).
Les critères de l’UNESCO
Pour être inscrit sur la liste du patrimoine mondial, un bien doit répondre à au moins un des dix critères proposés par l’Unesco.
TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises répondent à 6 critères de l’Unesco: 3 dans la partie nature et 3 dans la partie culture.
En résumé, les critères d’inscription concernant la culture sont :
Critère (vi)
– Traditions orales: connaissance des lieux et de son histoire; relation étroite entre l’Homme et son environnement.
Critère (iii)
– Organisation humaine et territoriale: habitations en vallées et espaces spécialisés.
– Style artistique unique: tiki et pétroglyphes.
Critère (iv)
– Architecture habitations cérémonielles et religieuses: paepae, tohua, me’ae.
Quant à la nature, les critères mis en avant sont les suivants :
Critère (vii)
– Diversité de paysages spectaculaires surplombant l’océan: volcans effondrés aux sommets et crêtes de forte altitude; hautes falaises maritimes plongeant à pic dans l’océan; pics et pitons volcaniques concentrés sur une faible surface.
– Site d’observation majeur d’espèces: bancs mixtes de dauphins d’Electre en abondance au niveau des côtes et de raies Manta.
Critère (ix)
– Zone marine côtière exceptionnelle: pas de barrière de corail et beaucoup de planctons.
– Ecosystème marin sauvage: beaucoup de poissons dominés par des grands prédateurs.
Critère (x)
– Archipel extrêmement isolé et un endémisme remarquable: des espaces terrestres qui abritent des plantes et animaux rares et menacés.
Grande diversité d’espèces emblématiques et d’oiseaux marins nicheurs: 43 espèces emblématiques à proximité des côtes; 21 espèces d’oiseaux nicheurs sur de petites îles
Les Marquises face au Monde
Pour obtenir cette reconnaissance internationale, TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises ont fait l’objet d’une analyse comparative. Celle-ci doit démontrer la solidité des attributs qui expriment le plus intensément la valeur du bien au regard de biens similaires sur le plan local, régional et international.
Les valeurs naturelles
TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises, se distinguent alors des autres biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial ou sur la liste indicative par les avantages suivants :
1) La géomorphologie du relief, ses paysages spectaculaires surplombant l’océan et ses falaises parmi les plus hautes du monde :
• Des volcans effondrés aux sommets et crêtes de forte altitude ;
• Des pics et pitons volcaniques verticaux très effilés concentrés sur une faible surface ;
• De hautes falaises maritimes abruptes plongeant à pic dans l’océan.
L’analyse comparative démontre que les Marquises se distinguent au niveau mondial par la verticalité et l’élévation de ses sommets et crêtes. Aucune des îles déjà inscrites sur la liste du Patrimoine mondial ne présentent autant de structures verticales aussi hautes et aussi proches du littoral sur des superficies aussi réduites.
Cette valeur est plus saisissante que pour des grandes îles avec des sommets 3 fois plus élevés comme à Hawai’i ou aux îles Canaries. Dans ce rapport de verticalité, deux îles : Lord Howe (en Australie) et Sainte Lucie (aux Antilles) ont un rapport supérieur à celui des Marquises, cependant les Marquises se démarquent par des paysages très déchiquetés et une plus grande diversité de structures verticales.
Au niveau de la concentration des pics et pitons volcaniques, la comparaison la plus significative est à faire avec la baie de Rio. Cependant Ua Pou présente un nombre plus important de pics, plus concentrés, plus élancés. Les piliers de cette île constituent, à l’échelle mondiale, un exemple inégalé de concentration d’aiguilles volcaniques.
Concernant les falaises maritimes abruptes qui plongent à pic dans l’océan, la comparaison, en termes de géographie, de climat, de mécanisme de formation, de végétalisation des falaises et de hauteur, se fait le plus favorablement avec les falaises de Kalaupapa (à Hawai‘i). Cependant les falaises Nord-Ouest de Fatu Hiva se singularisent par l’alternance de falaises de roche nue, lisse et de falaises drapées qui apportent une richesse esthétique paysagère unique.
2) Un spectacle de la vie sauvage qui s’exprime à travers la présence remarquable d’espèces rares :
• Des dauphins d’Électre qui se retrouvent en abondance dans les espaces côtiers ;
• Des bancs mixtes d’espèces emblématiques (telles que les raies Manta et les dauphins) observables spécifiquement près des côtes ;
L’analyse comparative a permis de mettre en avant l’originalité des Marquises, et ses phénomènes marins extrêmement rares au niveau mondial. La différence observée dans les comportements des mammifères marins semble être en grande partie expliquée par la présence d’un plateau volcanique aux Marquises.
3) Un écosystème marin unique au monde :
• Une absence de récif barrière surmontant les récifs ennoyés ;
• Une productivité planctonique particulièrement élevée aux Marquises ;
L’analyse comparative confirme qu’à ces latitudes proches de l’équateur, toutes les îles hautes volcaniques dans les archipels voisins (archipel de la Société, archipel des Cook, Samoa, Tonga…) possèdent une barrière corallienne qui les entoure. L’absence de récif barrière représente en soit une originalité à travers tout le Pacifique. De plus, l’archipel marquisien est remarquable à l’échelle du Pacifique et du monde car il constitue avec les îles Galapagos, les deux seuls exemples connus d’îles océaniques avec des phénomènes de fort enrichissement en chlorophylle des eaux côtières.
L’analyse comparative confirme le très haut niveau de biomasse et la bonne santé de l’écosystème. En effet, les biomasses aux îles Marquises sont particulièrement élevées voire exceptionnelles en Polynésie française et au sein du Pacifique : les poissons côtiers y sont plus abondants, plus gros et la quantité de poissons prédateurs y est élevée. Particulièrement, les biomasses localisées au Nord de l’archipel dépassent toutes les îles comparées y compris les îles de Darwin et Wolf (aux Galapagos) qui sont reconnues pour la richesse de leurs eaux.
Les Marquises se classent parmi les 5 sites mondiaux présentant les plus forts taux d’endémisme pour les communautés de poissons côtiers et de mollusques.
4) Une faune et flore terrestre endémiques et menacées qui se concentrent dans les trois étages de végétation.
En comparaison aux autres bien, TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises présentent des taux d’endémisme remarquables, qui les classent :
• 2e pour la flore vasculaire ;
• 1er pour les oiseaux terrestres ;
• 2e pour les mollusques terrestres et d’eau douce ;
• 2e pour les poissons et crustacés d’eau douce ;
5) Une grande diversité riche de 43 espèces emblématiques marines présentes à proximité des côtes :
Concernant la diversité d’espèces emblématiques, l’écosystème marin côtier abrite une riche diversité d’espèces dont 18 sont évaluées menacées sur les listes rouges de l’UICN. Les Marquises se placent derrière les Galapagos, Papahanaumokuakea (Hawai’i), et Malpelo. Cependant, Papahanaumokuakea et Malpelo sont des îles inhabitées et les Galapagos ont des superficies marines bien supérieures aux Marquises. L’analyse comparative a permis de démontrer que l’écosystème marin côtier des îles Marquises se démarque à la fois par son intégrité et sa diversité d’espèces emblématiques. Cette forte diversité d’espèces emblématiques qui transitent près des côtes est d’autant plus remarquable si on considère l’isolement et la faible superficie de l’archipel.
Qu’est ce qui différencie la candidature des îles Marquises de celle de Taputapuātea, autre site polynésien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en juillet 2017 ?
Taputapuātea et Te Henua Ènata – les îles Marquises, deux héritages de la Polynésie française.
Taputapuātea est inscrit sur la liste du patrimoine mondial depuis juillet 2017. C’est un paysage culturel, terrestre et marin, sur l’île de Raiatea.
Le bien comprend deux vallées boisées, une partie de lagon et de récif corallien, et une bande de pleine mer. Au cœur de ce bien se trouve le marae Taputapuātea, un centre politique, cérémoniel et funéraire. Il se caractérise par plusieurs marae aux fonctions bien distinctes. Le bien est défini comme un paysage culturel dit relique et associatif dont les attributs sont matériels (sites archéologiques, lieux associés à une tradition orale, marae) et immatériels (récits des origines, cérémonies et savoir traditionnel). Taputapuātea est un paysage culturel témoignant de la façon dont l’Homme s’est approprié un territoire délimité par des éléments naturels dotés d’une symbolique importante.
Si Taputapuātea est considéré comme un paysage culture, Te Henua Ènata – les îles Marquises, est quant à lui considéré comme un “bien mixte” de plusieurs sites, dont l’intérêt naturel et/ou culturel est jugé exceptionnel : biodiversité terrestre ou marine, richesse culturelle des sites (historiques ou archéologiques, légendaires) liés au « patrimoine immatériel », tels que les rituels, chants, les savoir-faire (tapa, sculpture…).
Un bien mixte unique
Dans la convention du Patrimoine mondial, l’Unesco propose 3 catégories de bien: Culturel, Naturel et enfin Mixte.
La catégorie des biens mixtes associant la nature et la culture comme pour TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises est peu représentée au sein de la liste actuelle de l’UNESCO.
Au total 39 biens mixtes sur 1121 biens inscrits en 2020, soit seulement 3,5% sont enregistrés dans cette catégorie.
Parmi les biens mixtes, seuls 4 d’entre eux prennent en compte les deux écosystèmes que sont le terrestre et le marin et seulement 2 concernent la zone Pacifique.
L’inscription de la riche biodiversité terrestre et marine des Marquises permettra à ce titre de compléter favorablement la Liste du patrimoine mondial. Ce dossier représente une opportunité pour la France d’équilibrer son panel de biens qui compte 44 biens français inscrits à ce jour sur la liste du Patrimoine mondial dont 39 culturels, 4 naturels et un seul mixte, le bien transnational porté conjointement par la France et l’Espagne, Pyrénées – Mont Perdu inscrit en 1997.
Un lien qui lie l’Homme à son environnement
Le lien entre valeurs culturelles et naturelles est l’un des fondements de cette candidature au Patrimoine mondial.
L’interdépendance entre les deux est bien trop souvent sous-exploitée notamment dans la gestion ou la préservation. Certains aspects culturels sont en effet négligés dans les approches mises en œuvre pour la conservation de la nature, et réciproquement. Il est donc important d’instaurer des synergies entre tous ces facteurs.
Les Marquises ont un rapport unique avec leur environnement, qu’il soit culturel ou naturel . Toute l’histoire passée et actuelle de TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises le prouve !
Qu’il s’agisse :
– du fonctionnement des chefferies ènata ;
– de l’occupation réfléchie et raisonnée du territoire et du lien spirituel avec la nature ;
– de la gestion des ressources par l’application d’un système de tapu (interdits) veillant à réglementer l’accès à certains espaces et certaines ressources ;
– des pétroglyphes, tiki, sculptures… hautement symboliques, à la fois représentatif des traditions mais aussi de la nature qui les entourent ;
– de l’utilisation des arbres et végétaux dans la construction de structures à vocation cérémonielle (religieuse, funéraire, festive) ou habitats ;
– de la langue marquisienne riche de ce lien ;
– des légendes et rituels ;
– de la connaissance des vertus, des risques et des usages de leur environnement naturel.
Des exemples parmi bien d’autres du lien instauré par les marquisiens entre leur culture et leur nature et d’une gestion commune dans la protection.
2- L’origine des îles
TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises : une terre d’histoires, de légendes, de culture !
« Voici ! Voici ! Voici ! que s’illumine la Terre des Hommes ! » s’écria ainsi la déesse Atanua en voyant apparaître la maison que son époux, le dieu Atea, vient de bâtir pour elle. Cette maison c’est Te Fenua ‘Enata, « la Terre des Hommes », les îles Marquises. Si la science nous explique que l’archipel TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises, est né de volcans soulevés par un point chaud il y a moins de 6 millions d’années, les anciens aiment nous conter leur propre histoire, empreinte de poésie et de légendes !
TE HENUA ÈNATA – les îles Marquises, situées à 1500Km au Nord-Est de Tahiti sont réparties sur 12 îles, dont seulement 6 sont actuellement habitées.
L’origine des îles Marquises :
Les îles Marquises sont d’origine volcanique. Elles ont été formées et soulevées par l’activité d’un point chaud il y a entre 5,5 millions d’années (pour l’île de Eiao) et 2 millions d’années (pour l’île de Fatu Hiva). À l’exception de Ua Pou, toutes les îles marquisiennes sont constituées de volcans océaniques boucliers effondrés.
Les particularités des îles Marquises :
– Des îles hautes et jeunes (en comparaison aux atolls du nord-ouest des Tuamotu qui se sont formés il y a 50 millions d’années) ;
– Un relief escarpé et des sommets pouvant atteindre les 1100m d’altitude ;
– Des récifs ennoyés en profondeur, s’étendant entre 2 et 3 km à une profondeur comprise entre 100 et 150m ;
– Des vallées profondes et isolées ;
Elles ne sont pas protégées par un récif corallien (contrairement aux autres îles volcaniques des archipels voisins).
L’absence de récifs coralliens émergés prive ainsi les îles de défenses contre la houle et l’érosion marine. Les structures volcaniques se trouvent donc directement soumises aux assauts de l’océan comme nulle part ailleurs dans le triangle polynésien. Par conséquent, les édifices de basaltes sont en permanence attaqués sur leur pourtour par les houles venant des différentes directions. Cette érosion par la base et par les côtés est à l’origine de la formation des immenses falaises qui constituent l’une des spécificités paysagères de l’archipel. Les étroites plaines côtières que l’on rencontre dans la plupart des archipels du Pacifique (îles de la Société par exemple) sont quasiment inexistantes aux Marquises.
La littérature orale regroupe l’ensemble de la connaissance du monde des Ènata (Hommes) : mythes de fondation, légendes, évènements historiques, généalogies… Il existait de nombreux chants relatant l’émergence du monde, généalogiques, relatifs aux activités spécialisées, incantatoires et ludiques.
La mythologie de l’archipel :
Atea, l’espace lumineux, père de toutes choses, eut de nombreux enfants de mères différentes, ceux-ci personnifiant chaque élément naturel, dont les plantes et les animaux. Les généalogies des Ènata remontaient jusqu’aux entités créatrices et bien au-delà.
Ainsi les ancêtres humains, fondateurs des premiers clans descendaient directement des éléments naturels divinisés (soleil, lune, vents), les roches, les plantes et les animaux qui figurent dans la liste généalogique. Les experts (tuhuna ‘o’ono) récitaient publiquement leurs généalogies en de nombreuses occasions, sous des formes différentes – chantées ou psalmodiées (récitées) – en s’aidant de supports mnémotechniques tactiles qu’étaient les to’o mata (objets aide mémoire).
Chaque ‘Enata se voyait quotidiennement relier généalogiquement à l’ensemble du monde et à son environnement immédiat. Au-delà des généalogies, chaque étape initiatique de la vie d’un individu était marquée de rites souvent achevés par des festins communautaires (koika) durant lesquels des chants sacrés se référaient aux mythes primordiaux.
La cosmogonie marquisienne (théorie expliquant la formation de l’univers, de certains objets célestes), qui est conforme aux autres cosmogonies polynésiennes, retrace la fondation de l’univers en tant que processus continuel où le minéral, le végétal et le divin sont eux-mêmes les produits de ce développement cosmique. Il n’y a aucun « dieu créateur » unique à l’origine de l’univers, mais plutôt une série de couples engendrant les éléments du cosmos et mettant en place les territoires des différentes chefferies (‘ati) des îles.
La plus grande épopée maritime de l’Histoire
Les ancêtres des Ènata, comme toutes les populations des îles du Pacifique Sud sont originaires d’Asie du Sud-Est.
Le premier argument est linguistique, car les langues polynésiennes proviennent d’une proto-langue (langue reconstruite) de la famille austronésienne, issue du sud-est de Taiwan. Un autre argument, lui, était d’ordre génétique ! Les études sur la diffusion des plantes alimentaires, des animaux et des populations anciennes et modernes de Polynésie ont confirmé ce lien. Enfin, l’archéologie, par l’étude des traces matérielles laissées par les premiers navigateurs au fur et à mesure de leur découverte d’îles nouvelles, permet de retracer leur parcours d’ouest en est à travers l’océan Pacifique.
Longtemps considérée comme étant fortuite, la découverte puis le peuplement des îles polynésiennes répond en réalité à une stratégie d’exploration et de colonisation des premiers navigateurs. Cette colonisation est rendue possible par l’évolution technique des pirogues à balancier, par la connaissance des étoiles, des vents et des courants marins.
Ainsi, les ancêtres des Polynésiens s’établirent en Océanie Proche, à l’ouest de la Nouvelle-Guinée autour de 1500 ans av. J.-C. et y développèrent un complexe culturel appelé « Lapita ». Entre 1100 et 800 av. J.-C., ces Lapita, parlant des langues austronésiennes et naviguant sur des embarcations à voile, s’aventurèrent vers les îles d’Océanie lointaines du Vanuatu, de Nouvelle-Calédonie, Wallis, Futuna, Fidji, Tonga et Sāmoa.
Après une longue pause migratoire dans la zone Sāmoa-Tonga, les migrants repartaient vers l’est entre 900 et 1200 ans ap. J.-C. à la découverte de nouvelles terres dispersées sur le plus grand océan du monde couvrant près d’un tiers de la surface du globe.
L’archipel des Marquises se caractérise par son isolement géographique non seulement au sein de la zone Pacifique, mais aussi au cœur du triangle polynésien ainsi qu’au sein même des îles.
Isolement des continents :
« L’archipel du bout du monde », c’est ainsi que sont souvent désignées les îles Marquises. Effectivement, elles sont, au plus près d’un continent (exemple : à 4700 km de la péninsule de Basse-Californie, à 6300 km du Pérou, à 7200 km de l’Australie et à 8800 km de l’Asie). Cet éloignement des très grandes terres a contribué à une colonisation du vivant tout à la fois limitée et tardive. La première colonisation humaine des Marquises est aujourd’hui estimée aux alentours l’an mil après J.-C., par des Polynésiens venus de la région Tonga – Sāmoa, ce qui situe l’archipel dans les dernières terres d’Océanie colonisées par l’Homme.
Isolement des autres archipels polynésiens :
Les îles Marquises sont également isolées au sein de la Polynésie. Au sud-ouest de Fatu Hiva, à une distance de 470 km se trouve le petit atoll de Puka Puka. Cet atoll est situé au nord-est des Tuamotu. À l’ouest, à 1000 km, se trouve l’atoll Kiritimati, le plus oriental de la république des Kiribati. Au nord et à l’est des Marquises, se trouve Hawai‘i à 3 400 km dans l’hémisphère nord, les îles Galapagos à 5300 km à l’est, et à 3500 km au sud-est, Rapa Nui.
Isolement au sein de l’archipel :
Les îles qui composent l’archipel marquisien sont réparties géographiquement, linguistiquement et culturellement en deux groupes : le groupe Nord et le groupe Sud, comprenant chacun trois des six îles habitées de l’archipel. Hormis Hiva Oa et Tahuata (distantes de moins de quatre kilomètres), les îles sont séparées entre elles au minimum d’une quarantaine de kilomètres. La diversité linguistique au sein de l’archipel est le résultat de plusieurs vagues migratoires. Il témoigne d’un isolement à une certaine époque entre le Nord et le Sud. En effet, il existe deux dialectes différents au sein du même archipel.
Isolement au sein de l’île :
La structure générale des îles est formée par une partie centrale constituée de hautes montagnes qui se prolonge sur sa périphérie par des crêtes étroites. Celles-ci fragmentent les îles en une multitude de vallées étroites et encaissées. Le caractère abrupt et vertical du relief rend les pentes et les chaînes de montagnes disséquées très difficiles d’accès, voire impossibles à franchir, cloisonnant les vallées. D’autre part, la topographie des îles associée à la diversité des climats isolent certaines espèces végétales uniques au sein d’une seule île voire au sein d’un seul sommet ou d’une crête unique.
Un isolement géographique mais pas nécessairement culturel :
En raison de leur isolement géographique, les sociétés ‘Enata, ont eu au cours de leur histoire des périodes de profond isolement pendant lesquelles la circulation des biens était limitée. Cependant, des relations sont attestées avec les archipels les plus proches, notamment celui des Tuamotu et des Gambier et même au-delà. Comme en témoignent par exemple les lames d’herminette provenant de Eiao, surnommée l’« île carrière » située au nord des Marquises. Cette île est devenue célèbre pour ses basaltes à grains fins et ses nombreux ateliers de façonnage d’outils en pierre, retrouvés à Makatea (Tuamotu), Mo‘orea (archipel de la Société), Mangareva (Gambier), ou bien encore Rarotonga (îles Cook). La tradition orale atteste également du fonctionnement culturel entre chefferies situé sur des îles différentes.
3- Une culture polynésienne originale
Les contraintes géographiques (lieu), topographiques (disposition, reliefs) et climatiques, en particulier les sécheresses récurrentes, ont influencé les comportements sociaux et religieux des Ènata (d’appartenance polynésienne).
Un caractère bien spécifique :
- le rôle du chef et l’appréciation de son prestige,
- la part importante des tapu (interdits, sacré),
- les pratiques alimentaires et l’habitude de stocker d’importantes réserves de fruits d’arbre à pain dans des silos familiaux ou communautaires,
- l’enchaînement des festivités, des rites, des activités, des collectes et des restrictions qui rythmaient la vie des chefferies.
La société Ènata était caractérisée par une grande flexibilité qui permettait aux individus qui en avaient les capacités d’occuper les fonctions qui correspondaient à leurs mérites, hommes ou femmes.
Les rôles déterminants étaient :
– les lignées de chefs héréditaires (hakā’iki) ;
– l’ensemble des prêtres inspirés ou chamans (tau’a) ;
– les artisans spécialisés (tuhuna) ;
– les guerriers (toa).
Les anciennes chefferies se nommaient « ‘ati », ses membres se réclamaient tous descendants d’un ancêtre commun divinisé et dont le nom est généralement celui du groupe. Le chef de chaque clan était légitimé par sa filiation à des entités divines remontant aux temps immémoriaux (ancestraux). Ainsi, les spécialistes des rites – tuhuka ‘o‘oko – étaient chargés de réciter leur généalogie les reliant aux origines, de façon à entretenir cette filiation.
Le hakā’iki était l’intermédiaire entre les divinités (etua) et les vivants. Il était le garant de l’ordre du cosmos dans son clan.
C’est par lui que l’équilibre cosmique était assuré par l’intermédiaire des rites. À cet effet, il avait le devoir de prononcer certaines restrictions, à caractère sacré, temporaires (kāhui) ou permanentes (tapu) afin de garantir des ressources suffisantes destinées à ces rites communautaires qu’étaient les koika.
Un chef qui ne pouvait pas assurer l’équilibre des ressources alimentaires était jugé comme ayant peu de mana et donc à remplacer. Pour éviter cela, il était en négociation permanente avec les puissances de l’invisible et ses officiants religieux afin de garantir sa crédibilité et son pouvoir de redistribution.
Le tau’a était une sorte de prêtre inspiré ou chamane (homme ou femme).
Personnage tapu le plus craint et le plus respecté, en raison de sa proximité avec les puissances de l’invisible. Il était censé être possédé par les divinités dont il devenait leur bouche à travers laquelle les volontés des etua étaient annoncées à la population. C’est en cela qu’on a pu qualifier les tau’a de voyants ou mediums. En raison de leurs pouvoirs divins qu’ils incarnaient, ils avaient le pouvoir de soigner comme de détruire en jetant des sorts (nani kahā) par exemple ou de décréter que les etua exigeaient un sacrifice humain (heaka). En prenant tout en compte, le tau’a était le garant de l’ordre religieux. Ce qui explique que ce personnage était déifié* après sa mort, ou parfois même de son vivant. A l’exemple du hakā‘iki qui assurait l’équilibre matériel de sa société et le maintien de l’ordre du cosmos.
Les tuhuna étaient des maîtres-experts d’un domaine particulier.
Spécialistes dans leur art, ils avaient la connaissance du protocole requis, et dirigeaient les entreprises de fabrication des objets de la culture matérielle. Chaque acte de fabrication, notamment pour les objets tapu, les constructions, les pirogues, était régi par un tapu temporaire. Celui-ci marquait la désacralisation de l’objet autorisant son utilisation par les Ènata. Cette levée du tapu était toujours marquée par un festin communautaire (koika).
Les toa assuraient la défense de la population en cas d’attaque d’une autre chefferie, ou participaient aux offensives.
Au sein de la chefferie, le statut du guerrier était particulièrement important, puisque certains grands guerriers étaient divinisés. Tout acte de guerre revêtait un caractère tapu, le guerrier tout comme ses armes passant à cet état. Des rites spécifiques de levée du tapu de la guerre marquaient le retour à l’équilibre.
Chaque vallée marquisienne était occupée par une ou plusieurs chefferies, dont les limites naturelles constituées par les crêtes des montagnes ou des cours d’eau étaient constamment surveillées. En effet, le relief des îles fit de ces espaces une entité territoriale particulière. Chaque chefferie était jalouse de son indépendance et opposée à tout pouvoir unifié, même à l’échelle d ‘une île.
D’une vallée à l’autre ou sein même d’une seule vallée, il y avait souvent une alternance de périodes de conflits (toua) et de périodes pacifiques (mo‘u) scellées par les alliances, pour des raisons très variées : compétitions de prestige, parenté, conquête territoriale, violation de tapu, appropriation des ressources. Toutes les vallées marquisiennes n’offraient pas les mêmes ressources terrestres et marines, ce qui induisait des chefferies d’importance et de prestige variables. Ce prestige se traduisait par la capacité à assurer le contrôle des ressources et de leur redistribution lors des festins communautaires.
*Déifié : Élever quelqu’un au rang d’un dieu ; diviniser
L’évolution historique des Marquises est autant liée à la croissance de la population qu’aux contraintes environnementales (sécheresses, milieu insulaire non extensible, le caractère abrupt du relief), provoquant une intense compétition pour la terre et les ressources.
Les rivalités de prestige entre les hakā‘iki (chefs) s’accentuent et s’inscrivent alors dans un cycle qui mène souvent à la destruction de tous les moyens de production qui étaient l’objet de la compétition.
Cette rivalité de prestige, propre aux sociétés océaniennes, avait des répercussions directes sur :
– l’expression du pouvoir et sur l’autorité ;
– les moyens ostentatoires (tatouage et parures) ;
– la capacité à mobiliser un grand nombre de personnes pour la construction de monuments aux proportions inhabituelles en Polynésie orientale ;
– la capacité à constituer des réserves alimentaires en cas de disette ;
– l’organisation des grandes festivités communautaires (koika).
La manifestation matérielle de cette compétition s’observe encore aujourd’hui dans les vestiges des immenses complexes cérémoniels (tohua, me’ae, tiki) qui sont des témoignages de la lutte pour la captation du mana des divinités.
La société Ènata, d’un point de vue économique, était marquée par l’alternance de périodes fastes où les festins communautaires (ko‘ika) faisaient circuler de grandes quantités de nourriture à des fins politico-religieuses, et de périodes de disettes ou famines qui frappaient plus ou moins longuement la population.
La menace que constituaient les famines était si réelle que des mesures d’adaptation étaient prises pour y faire face. Dans les circonstances extrêmes, les habitants étaient contraints d’aller chercher de la nourriture en dehors de leur territoire. Ces périodes de disette puis de famine étaient autant dues aux sécheresses qu’aux destructions des plantations et des arbres fruitiers par les conflits entre chefferies ou les tsunamis dans les zones littorales et des basses vallées.
Les Ènata avaient la capacité d’anticiper ces crises par la constitution de réserves de nourriture (mā), de les stocker, sous forme de pâte dans des silos familiaux et communautaires : ua mā. Cette pâte du fruit de l’arbre à pain fermenté se conservait sur de très longues périodes et permettait de pallier les saisons difficiles. Si ce procédé se retrouve dans de nombreuses sociétés polynésiennes, il a pris des proportions uniques aux Marquises. En effet, la redistribution de nourriture dépasse la simple nécessité de subvenir aux besoins du groupe, elle doit également pourvoir aux besoins qu’impose l’organisation de festins communautaires (koika). Ces derniers étaient un aspect important de la société dont le système agricole devait produire suffisamment de surplus, au-delà des besoins de subsistance de la population.
Les occasions de ces rassemblements communautaires étaient innombrables, au premier rang desquelles les célébrations de chacun des moments majeurs de la vie du hakā‘iki . Ces activités festives et rituelles étaient pratiquées dans de vastes lieux de réunions communautaires que sont les tohua. La chefferie qui invitait avait entièrement la charge de ses hôtes ; ils venaient des vallées voisines aussi bien que d’autres îles. Par la fréquentation de la mer, les Ènata entretenant des liens parfois plus étroits avec ceux des vallées d’autres îles qu’avec certaines chefferies immédiatement voisines. Pendant des mois la population s’y préparait. Des préparatifs tapu marquaient chacun des koika. Il arrivait que le tapu dure pendant des années et alors on engrangeait les provisions, on préparait le tapa, on collectionnait plumes et coquillages, on tressait des cordages, on répétait chants et danses. Toutes les ressources de la vallée, et parfois de l’île, pouvaient être consommées lors de ces festins.
Des invités d’autres vallées venaient à la fête, qui pouvait se prolonger pendant des jours et des semaines et ainsi, par l’hospitalité accordée, ils prenaient conscience du mana du hakā‘iki. Circonstances d’échanges, de rencontres et facteur d’unité, la réussite de ces efforts et festivités était essentiel au maintien de la cohésion de la chefferie.
Mana et tapu sont deux concepts centraux qui régissaient la religion Ènata, comme dans l’ensemble polynésien.
Le mana correspond à une force, une puissance spirituelle attribuée au hakā’iki (chef) qu’il met au bénéfice de toute la chefferie. Le mana fait référence à l’efficacité spirituelle divine qui est censée circuler à travers les divinités, les ancêtres, les individus, les rites et les objets. Les hakā’iki ou officiants des rites (tuhuna, tau’a) ne sont que des transmetteurs d’un mana qui peut s’avérer dangereux pour un non initié.
La bonne circulation du mana était nécessaire à la bonne organisation des moyens de production. Responsable du bien-être de sa chefferie et principal détenteur du mana, le chef devait assurer la redistribution des ressources alimentaires lors des périodes de famines ou lors des festins communautaires. Ces capacités renforçaient sa position centrale ou, en cas d’échec, ruinait sa réputation.
Tapu signifie « dangereux donc restreint, interdit, mis à part ou à éviter ». Le tapu désigne aussi l’état d’une personne, d’une chose, d’un lieu où le mana est présent par des rites appropriés. Des personnes, des lieux, des aliments peuvent être tapu. Se tenir trop près d’objets imprégnés de mana peut être dangereux. Et enfreindre un tapu pouvait conduire à de sévères punitions, y compris la mort. Ainsi, la vie de tous les jours dépendait d’un raisonnement entre tapu (sacré) et me’ie (profane). C’est à dire de ce qui est interdit et à éviter (lieux, personnages, denrées alimentaires, etc.) et ce qui est libre de tapu : non restreint et donc d’usage commun.
Le tapu est le principe constitutif qui donne sens à tout chose et par lequel les Ènata divisaient leur classe sociale.
4- De la fin d’un monde au renouveau culturel
La rencontre des îles Marquises avec les premiers navigateurs européens puis l’intensification des contacts entraîna une dépopulation massive liée au choc épidémiologique*.
Puis la christianisation progressive des Ènata, marqua ainsi un changement radical dans les modes de vie.
Passés sous l’autorité française en 1842, les Ènata sont alors soumis à l’administration coloniale qui instaurera un certain nombre de règlements sur « la conduite des indigènes ».
Ce qui mettra fin à la majorité des pratiques jugées contraires à la moralité chrétienne. Par exemple, toutes les manifestations rituelles et cérémonielles disparurent progressivement dont les koika, ces grands festins communautaires, qui fédéraient la chefferie. Les lieux sacrés seront également rendus profanes durant cette période.
Un monde a bien failli disparaître…
*Les Ènata n’avaient pas les anticorps nécessaires pour résister aux maladies transmises par les étrangers.
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Dates clefs |
Personnages clefs |
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Juillet 1595 |
Le premier contact des Ènata avec l’Occident se produit en juillet 1595 quand l’expédition espagnole d’Alvaro de Mendaña y Neira débarque sur l’île de Tahuata. |
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1774 |
Il faudra ensuite attendre 1774 et l’arrivée du capitaine James Cook qui fait une courte halte aux Marquises. Il effectue des relevés d’îles et fait les premières descriptions des insulaires. |
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1774-1815 |
Parallèlement, les contacts s’intensifient au cours du XIXe siècle avec le développement du commerce et des escales des baleiniers. Le commerce entre ‘Enata et les navires se développe, les équipages véhiculant de nombreuses maladies font des ravages parmi la population marquisienne : près de 170 navires accostèrent aux îles Marquises entre 1774 et 1815. |
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1791 |
En 1791, le navire de commerce Le Solide, commandé par Etienne Marchand, atteint le groupe nord et en prend possession, ignorant que l’Américain Joseph Ingraham était pourtant passé par là deux mois auparavant. |
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1797-1806 |
William Pascoe Crook, jeune missionnaire de la London Missionary Society séjourna à Tahuata puis à Nuku Hiva entre 1797 et 1799 et laissa un journal détaillé de son séjour.
Deux marins déserteurs résidant sur l’archipel entre 1798 et 1806 apportèrent également leur concours à la description de l’archipel : l’Écossais Edward Robarts et le français Joseph Cabri. |
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1804 |
En 1804, l’expédition russe, placée sous le commandement de l’amiral de Krusenstern, assura à Nuku Hiva le relevé de nombreuses pièces ethnographiques sous la direction des savants, Langsdorff et Tilesius. |
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1813 |
Le commodore américain David Porter en 1813, entreprit une guerre contre les Taïpi, importante chefferie de Nuku Hiva, qui sera immortalisée en 1842, par un autre Américain, Hermann Melville, dans son roman Taïpi. |
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1838 |
C’est en 1838 que l’expédition scientifique française de Dumont d’Urville aborda l’archipel. À partir de cette époque, les témoins littéraires et iconographiques se multiplient.
En 1838, l’amiral Dupetit-Thouars est envoyé dans le Pacifique et aux Marquises, marquant ainsi un intérêt croissant de la France pour l’Océanie. D’une part, la pêche baleinière et la Marine française étaient à la recherche d’escales sûres. D’autre part, les missions catholiques, qui commençaient à s’établir dans la zone demandaient aussi à être mieux protégées. |
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1842-1848 |
En France paraît le récit “Les Derniers sauvages” de Max Radiguet, secrétaire de l’amiral français Dupetit-Thouars lors de l’occupation de 1842 à 1848. |
En 1842, les îles Marquises furent annexées par le contre-amiral Abel Dupetit-Thouars, au nom de sa majesté Louis Philippe! Le 1er mai, dans la baie de Vaitahu (Tahuata) pour le groupe Sud, puis le 31 mai dans la baie de Taiohae (Nuku Hiva), pour le groupe Nord. L’archipel devient alors la première colonie de la France dans le Pacifique (quelques mois avant Tahiti, le 6 novembre 1944).
Suite à cette colonisation, les populations survivantes ont dû abandonner les anciens centres communautaires des vallées pour se déplacer sur le littoral, autour des établissements missionnaires et coloniaux. Malgré une présence française très limitée, la résistance à la colonisation et à la christianisation s’est organisée, notamment par la construction de forts, mais en vain. L’effondrement de la société s’est alors accentué entre 1860 et 1890, lié aux épidémies, à la dépopulation, aux violences entre tribus ou contre le pouvoir colonial ou encore suite aux terribles périodes de sécheresse entraînant des famines meurtrières. L’évangélisation s’est intensifiée dans les années 1880-1890 alors qu’il ne restait que quelques survivants sur les îles. La société ‘enata entre alors dans le XXe siècle affaiblie, ayant perdu l’immense majorité de sa population ainsi que les structures ancestrales de son monde, détruites et remplacées par de nouvelles.
C’est avec le développement de Tahiti, et notamment de son port comme point d’escale pour les navires commerciaux que l’archipel des Marquises fut peu à peu délaissé et tomba dans l’anarchie. Aux yeux des Occidentaux, les Marquises entraient alors dans un oubli d’où elles ne furent tirées que par les œuvres de Paul Gauguin au début du XXe siècle. Quelques récits de voyageurs fortunés ou de missionnaires et de rares fonctionnaires levaient alors le voile sur une culture bouleversée par tous ces contacts, comme le récit de Robert Louis Stevenson, “Dans les mers du Sud”. L’étude approfondie de la culture marquisienne ne commence véritablement qu’avec Karl von den Steinen, en 1896-1897, médecin, ethnologue allemand, avec son ouvrage “Die Marquesaner und ihre Kunst” (publié en 1928) et avec les travaux de la Bayard Dominick Expedition du Bishop Museum de Hawaii.
Les Îles Marquises ont connu, comme d’autres îles océaniennes, un important effondrement de leur population dès les premiers contacts avec les Européens. Avec près de 96% de la population marquisienne qui aurait péri, c’est le choc démographique le plus important de tout le Pacifique. Cette chute s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 1920 où l’on enregistrait à peine 2000 individus !
Cette dépopulation violente des Marquises est la conséquence de plusieurs facteurs, à la fois externes et internes:
-L’introduction de maladies nouvelles par les Européens (telles que la variole, la tuberculose, la dysenterie, la grippe, la rougeole, les oreillons, etc.) a déclenché des épidémies foudroyantes sur une population non immunisée.
-La propagation de maladies vénériennes a engendré de son côté une baisse massive de la fécondité, près de la moitié des femmes ne pouvant pas avoir d’enfants.
-Ces épidémies, associées à la consommation d’alcool et aux conflits intertribaux, ont alors entraîné la désorganisation complète de la société.
-Parallèlement, l’environnement particulier et les conditions climatiques des Marquises favorables aux sécheresses régulières, ont semble t-il accentué au début du XIXe siècle cette déperdition.
Engagés dès 1940 dans la France-Libre, les Marquisiens deviendront officiellement citoyens français en 1945, mais sans grands changements car le développement des archipels était considéré comme secondaire.
Il faudra attendre la fin des années 1970 et la création de l’association culturelle Motu Haka soutenue par Monseigneur Le Cléac’h, membre éminent de la communauté religieuse catholique pour assister à une prise de conscience visant à protéger le patrimoine culturel et en particulier la langue. Monseigneur Le Cleac’h écrivait « un peuple sans passé est un peuple sans avenir et un peuple sans langue est un peuple sans âme. » Le marquisien sera enseigné à l’école à partir de 1982. L’association réalise un travail de recherche, de textes et de récits anciens, dans les livres et dans les mémoires. Il se produit alors un renouveau culturel, un réveil identitaire.
Des danses et des chants sont reconstitués au son des tambours fabriqués d’après les gravures anciennes ou copiés sur des originaux dormant dans les musées du monde. Les costumes sont également reproduits en essayant d’être le plus authentique dans les formes et dans les matériaux naturels nécessaires à leur confection. Le résultat se concrétise lors de la première édition en mai 1987 du Matava’a, le Festival des arts marquisiens. À l’image des grands rassemblements (koika) d’autrefois, le festival Matava’a est aujourd’hui l’occasion de composer des chants et des spectacles inspirés de traditions ancestrales pour les faire revivre sur les anciens tohua restaurés pour l’occasion.

