En 2015, à l’occasion de la tournée administrative organisée par la CTG, l’Assistant Technique à la DIREN, Mr Roberto Demarchi, a pu apprécier les systèmes de production et distribution d’eau potable aux Tuamotu Est.
Pour apprécier les différences du contexte et dans l’intérêt d’identifier des solutions adaptées aux conditions locales, M. Roberto Demarchi, assistant technique à la DIREN pour l’élaboration de la Politique sectorielle de l’eau de la Polynésie française, a participé à une tournée administrative organisée (CTG) entre le 12 et le 14 octobre 2015 dans les communes de Reao (atolls de Reao et Pukarua) et de Gambier (ile de Mangareva) dans l’archipel de Tuamotu-Gambier.

Figure 1 – Parcours de la tournée administrative du 12 au 14 octobre 2015
La tournée a permis de rencontrer les élus communaux et les responsables des services techniques et d’avoir un aperçu des conditions réelles des services de l’eau au niveau des communes éloignées.
Les ressources en eau douce dans les atolls
Les ressources en eau douce disponibles dans les atolls aux Tuamotu sont très limitées et sont essentiellement constituées de l’eau de la lentille d’eau douce et de l’eau de pluie.
La lentille d’eau douce est un volume d’eau généré par un phénomène d’équilibre de densité entre les eaux de pluie infiltrées et les eaux salées plus denses d’origine marine.

Figure 2 – Schéma de la lentille d’eau aux atolls
Cette lentille ne peut pas être utilisée pour l’eau de boisson à cause de sa salinité élevée. Cependant, elle couramment utilisée sur les atolls pour des usages agricoles et pour disposer d’eau à usage domestique comme le nettoyage et l’arrosage. L’exploitation s’effectue au moyen d’un pompage dans des puits de faible profondeur (1.50 m à 3.00 m en moyenne).
La recharge de cette lentille est favorisée par la très forte perméabilité des sols, mais cette perméabilité entraîne également une vulnérabilité importante vis à vis des pollutions.
L’autre ressource disponible en eau douce est constituée par l’eau de pluie : bien que la répartition des pluies soit en général peu régulière (forte disparité d’une année à l’autre), l’eau de pluie représente une importante ressource pour l’eau de boisson si on dispose de moyens de stockage permettant de faire face aux périodes sans pluies (maximum 2 à 3 mois).
La population utilise en général des citernes en béton ou en PEHD pour le stockage de l’eau récupérée par les toitures de leur habitation. Des réservoirs communaux peuvent servir pour les familles ne disposant pas de stockage privés, ou en cas de pénurie. Les surfaces des toitures des bâtiments communaux sont mis à profit pour collecter un maximum d’eau de pluie.

Figure 3 – Atoll de Reao : Maison équipée de citernes en PEHD
Commune associée de Pukarua
La population de l’atoll de Pukarua est d’environ 230 habitants (données 2012). La commune de Pukarua est commune associée de la commune de Reao.

Figure 4 – Atoll de Pukarua
La commune ne dispose pas actuellement d’un service public d’eau potable.
En général, pour les usages domestiques hors boisson (arrosage, nettoyage) la population exploite de préférence la lentille d’eau (système de pompage et citernes privés). Pour l’eau de boisson on recourt majoritairement à l’eau de pluie, même si une partie de la population achète également de l’eau minérale en bouteille.
La commune a initié l’élaboration de son schéma directeur d’eau potable pour définir les caractéristiques du système production et potabilisation d’eau potable afin de répondre aux besoins de la population, estimés de 5 litres par habitant et par jour.
A ce stade, plusieurs solutions seraient envisagées :
- Approvisionnement et revente aux usagers par la commune de bouteilles ou bombonnes d’eau potable, à un prix qu’elle fixe (incluant éventuellement une participation de la commune)
- La production d’eau potable à partir de l’eau de pluie collectée au niveau des bâtiments communaux (installation d’une unité de traitement pour la potabilité)
- La production d’eau potable pour l’installation d’une unité de désalinisation d’eau de mer
Il est prévu de faire participer la population pour la solution à adopter, sur la base des avantages et inconvénients que les trois solutions présentent (souplesse dans la mise en œuvre, prix de l’eau, complexité technologique, etc.).
Commune de Reao
La population de l’atoll de Reao est d’environ 380 habitants (données 2012).

Figure 5 – Atoll de Reao
La commune ne dispose pas à présent d’un service public d’eau potable. En générale la lentille d’eau est exploitée pour les usages domestiques hors boisson (arrosage, nettoyage). Pour l’eau de boisson on recourt majoritairement à l’eau de pluie (toiture et citernes privés), même si une partie de la population achète également de l’eau minérale en bouteille.
La commune a néanmoins bénéficié d’un financement pour la production potable d’eau à partir de l’eau de pluie en utilisant la toiture d’un bâtiment public d’environ 1000 m2. Après un processus de potabilisation, la distribution de l’eau est réalisée par camion-citerne et par une borne de distribution à la centrale de production. Des citernes communales d’un volume totale de 660 m3 permettent de faire face aux périodes de sécheresse.

Figure 6 – Citernes communales du Figure 7 – Centrale de potabilisation
nouveau système de et camion-citerne
distribution d’eau potable
Commune de Gambier (île de Mangareva) :
L’ile de Mangareva dispose d’eaux souterraines que la commune de Gambier (1421 habitants recensés en 2012) utilise pour sa production d’eau potable : la commune dispose d’un réseau de distribution qui approvisionne 230 abonnés (environ 90% de la population) à partir d’une série de 3 forages actuellement en fonction. Après chloration, les eaux sont acheminées par une conduite d’environ 6 km vers le réservoir de Gatavake de 200 m3, à 96 mètres d’altitude.

Figure 8 – Commune de Gambier (Ile de Mangareva)
La commune effectue des analyses de contrôle de l’eau distribuée. Le taux de potabilité est passé de 91% à 88% en 2014 (rapport du CHSP). Depuis le début de l’année 2015, le service de l’eau est directement effectué par la Commune (régie).

Figure 9 – Réservoir principal à Gatavake Figure 10 – Tête de forage (Gatavake)